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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400896

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400896

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400896
TypeOrdonnance
Avocat requérantROZENBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2024, M. C, représenté par Me Seube, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et les décisions afférentes ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui remettre une attestation de demande d'asile, ainsi qu'un dossier de demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'urgence est caractérisée par son placement en rétention administrative et l'imminence de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

- le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit constitutionnel d'asile, qui est une liberté fondamentale au sens de la jurisprudence du Conseil d'Etat, notamment le " droit de solliciter l'asile ", dès lors qu'il a clairement énoncé son souhait de demander l'asile et effectué des tentatives répétées auprès de la Croix rouge depuis son arrivée le 21 mai 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés

fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Pauillac, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu Me Seube, pour le requérant, le préfet de la Guyane n'étant ni présent, ni représenté

La clôture de l'instruction a été différée au 4 juillet 2024 à 16h.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu de l'article L.521-2 du code de justice administrative, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle, notamment, une personne morale de droit public aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale. Sur le fondement de ces dispositions, M. B, ressortissant dominicain, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 30 juin 2024 par le préfet de la Guyane et des décisions afférentes.

2. Il y a lieu, en l'espèce, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Entré irrégulièrement en France le 21 mai 2024 selon les déclarations de l'intéressé en provenance de République dominicaine, M. B expose être persécuté en raison de son orientation sexuelle et n'avoir pu solliciter son admission au séjour au titre de l'asile avant son placement en rétention administrative.

4. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. S'il implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande, ce droit s'exerce dans les conditions définies par l'article L.741-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 1° de cet article permettant de refuser l'admission en France d'un demandeur d'asile, lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat en application des dispositions du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil du 18 février 2003 est, en vertu de l'article L.741-5 du même code, inapplicable en Guyane. L'article L.741-1 dudit code prévoit que tout étranger présent sur le territoire français souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande. Aux termes de l'article L.741-2 : " Lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence de la France, l'étranger introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides L'autorité administrative compétente informe immédiatement l'office de l'enregistrement de la demande et de la remise de l'attestation de demande d'asile. L'office ne peut être saisi d'une demande d'asile que si celle-ci a été préalablement enregistrée par l'autorité administrative compétente et si l'attestation de demande d'asile a été remise à l'intéressé ". Par ailleurs, en Guyane, l'article L.213-8-1 du code ne permet au ministre chargé de l'immigration de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile que si sa demande est irrecevable ou manifestement infondée. La décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

5. Il résulte de l'instruction que M. B a fait connaître sa volonté le 2 juillet 2024, alors qu'il était placé en centre de rétention, de solliciter le statut de réfugié auprès de l'OFPRA et a reçu un dossier OFPRA remis en mains propres. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français du 30 juin 2024, qui peut être exécutée à tout moment, porte une atteinte grave et manifestement illégale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à son droit constitutionnel d'asile, ce qui révèle une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite d'enjoindre au préfet de la Guyane de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et de prendre toute mesure appropriée pour enregistrer la demande d'asile de M. B.

6. Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de condamner l'Etat, sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à payer à son conseil, Me Seube, la somme de 800 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de suspendre la mesure d'éloignement dont M B fait l'objet et de prendre toute mesure appropriée pour enregistrer la demande d'asile de M. B.

Article 3 : L'Etat versera à Me Seube, sur le fondement des articles 37 de la loi du

10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, la somme de 800 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus de conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, à la CIMADE, au Préfet de la guyane et au Service territorial de police aux frontieres.

Fait à Cayenne, le 5 juillet 2024

Le juge des référés,

Signé

O. A

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. PAUILLAC

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