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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400897

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400897

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400897
TypeOrdonnance
Avocat requérantSEUBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Seube, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension sans délai de la mesure fixant le pays de renvoi en Haïti prise le 7 juin 2024 par le préfet de la Guyane à son encontre ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Seube en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant fait valoir que :

- L'urgence est caractérisée, un vol est prévu le 8 juillet prochain ;

- Il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

- Le droit au respect de la vie et à ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants a été violé ;

- Il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile et corrélativement au droit à un recours effectif et à un procès équitable ;

- Il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le Préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés

fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Pauillac, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu Me Seube, pour le requérant, le préfet de la Guyane n'étant ni présent, ni représenté

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant haïtien né le 4 juin 1983, qui a été condamné le 8 mars 2021 par la Cour d'appel de Cayenne a une peine complémentaire d'interdiction judiciaire définitive du territoire français, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative d'ordonner la suspension de la décision du 7 juin 2024 par laquelle le préfet de Guyane a fixé Haïti comme pays de renvoi.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale () ".

3. Aux termes de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un

délit./ L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion./ Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. () ". Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article L. 722-6 du même code : " La peine d'interdiction du territoire français prononcée à l'encontre d'un étranger coupable d'un crime ou d'un délit en application des articles 131-30 à 131-30-2 du code pénal est exécutoire dans les conditions prévues aux deuxième à quatrième alinéas de l'article 131-30 du même code. ". Aux termes de l'article L. 741-2 du même code : " () Prononcée à titre de peine complémentaire, l'interdiction du territoire peut donner lieu au placement en rétention de l'étranger, le cas échéant à l'expiration de sa peine d'emprisonnement, en application de l'article L. 741-1. ".

4. Il résulte des dispositions précitées qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine d'interdiction définitive du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution, sous réserve que la décision fixant le pays de renvoi n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté seraient menacées, ou il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Sous cette seule réserve, les dispositions de l'article 131-30 du code pénal font obstacle à ce que le juge des référés suspende l'exécution d'une mesure procédant à la seule mise à exécution d'une peine d'interdiction du territoire ou enjoigne à l'autorité administrative d'assurer le retour en France de l'étranger qui demeure sous le coup d'une interdiction judiciaire du territoire.

5. A l'appui de sa requête, M. C se prévaut des atteintes graves et manifestement illégales au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors notamment qu'il est sur le territoire français depuis 2010 et qu'il est père de cinq enfants nés et présents sur le territoire, au droit d'asile et corrélativement au droit à un recours effectif et à un procès équitable dans la mesure où il a déposé le 28 juin dernier un recours devant la CNDA contre la décision de l'OFPRA du 27 juin 2024 et, enfin, au droit au respect de la vie et à ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants compte tenu de la situation qui prévaut actuellement en Haïti.

6. Toutefois, d'une part, si M. C soutient que sa vie est en danger en cas de retour en Haïti, qu'il risque d'être exposé à la torture et à des peines ou traitement inhumains ou dégradants eu égard à la situation sécuritaire dégradée dans ce pays, le requérant, qui fait état de considérations générales sur la situation de son pays et principalement sur le territoire de la commune de Port-au-Prince, ne justifie pas qu'il serait personnellement exposé à un risque réel, direct et sérieux en cas de retour en Haïti. Par suite, l'intéressé n'établit pas qu'une atteinte grave et manifestement illégale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ait été portée à son droit de ne pas subir des traitements inhumains ou dégradants tel que protégé notamment par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

7. D'autre part, l'atteinte aux autres libertés fondamentales qui sont invoquées découle, en tout état de cause, non de la décision administrative qui met à exécution son éloignement vers son pays d'origine, mais du prononcé, par le juge pénal, de la peine d'interdiction définitive du territoire, qui fait obstacle à sa libre circulation sur le territoire de la République française et lui interdit d'y revenir.

8. Il ne résulte dès lors pas de l'instruction qu'en exécutant la peine d'interdiction du territoire prononcée à l'encontre de M. C en fixant le pays de renvoi le préfet de Guyane a porté une atteinte illégale aux droits dont celui-ci se prévaut.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C, au Préfet de la guyane et au Service territorial de police aux frontieres.

Fait à Cayenne, le 5 juillet 2024

Le juge des référés,

Signé

O. B

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. PAUILLAC

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