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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400915

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400915

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400915
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantPIGNEIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2024, M. C E, représenté par Me Pigneira, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre sans délai son éloignement vers Haïti ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'urgence est caractérisée par son placement en rétention administrative et l'imminence de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

- le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit constitutionnel d'asile, qui est une liberté fondamentale au sens de la jurisprudence du Conseil d'Etat, notamment le " droit de solliciter l'asile ", il est également porté atteinte à son droit de ne pas être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants droit garanti par l'article 3 de la CEDH compte tenu de la situation qui prévaut en Haïti ; en cas de renvoi préalable à l'audience, il serait porté atteinte à son droit à un recours effectif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le Préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Delmestre-Galpe, greffière d'audience, M. D a lu son rapport et entendu les observations de Me Pigneira pour le requérant, le préfet de Guyane n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, ressortissant haïtien né le 3 septembre 1958 à Liancourt (Haïti), placé en rétention administrative à l'issue de sa levée d'écrou le 29 mai 2024, en vue de l'exécution de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de Guyane a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Guyane de suspendre son éloignement vers Haïti.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " dans le cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. / ()".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : "saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : "le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. / ().". Et, enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : "la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

Sur l'urgence :

5. L'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulière prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très bref délai les mesures de sauvegarde nécessaires. En l'espèce, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de la mesure portant obligation de quitter le territoire français est de nature à caractériser une situation d'urgence ouvrant au juge des référés le pouvoir de prononcer la suspension de cette décision en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 754-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux demandes d'asile présentée par un étranger placé en rétention administrative, dispose que : "la demande d'asile présentée en application du présent chapitre est examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon la procédure accélérée, conformément au 3° de l'article L. 531-24.". L'article L. 542-1 du même code dispose que : "en l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci.". Toutefois, aux termes de l'article L. 542-2 dudit code : "Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° et 2° de l'article L. 531-32 ; / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas au b du 2° du présent article ; / ().". Aux termes de l'article L. 531-32 de ce code : "L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne ; / 2° Lorsque le demandeur bénéficie du statut de réfugié et d'une protection effective dans un Etat tiers et y est effectivement réadmissible ; / 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article".

7. Il résulte de l'instruction que M. E a déposé une demande de protection internationale qui a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 20 juillet 2011. Cette décision a été confirmée par une décision de la CNDA du 29 juin 2012 laquelle est revêtue de l'autorité de la chose jugée. M. E a sollicité le réexamen de sa demande d'asile devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui, statuant en procédure accélérée, a pris, le 4 juillet 2024, une décision d'irrecevabilité, au motif que les éléments présentés par l'intéressé, n'augmentant pas de manière significative la probabilité qu'il justifie des conditions requises pour prétendre à une protection, la demande de réexamen est irrecevable au sens des articles L. 531-32 et L. 531-42 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le droit de se maintenir sur le territoire français, que tenait l'intéressé de cette demande d'asile, a pris fin, en application des dispositions précitées de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris la décision rejetant cette demande de réexamen. Il suit de là que M. E ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il a formé, le 5 juillet 2024, un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, lequel ne lui ouvre pas un droit au maintien sur le territoire français et ne fait pas, par lui-même, obstacle à son maintien en rétention et à son éloignement. Par suite, l'arrêté litigieux n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si M. E soutient que sa vie est en danger en cas de retour en Haïti, qu'il risque d'être exposé à la torture et à des peines ou traitement inhumains ou dégradants eu égard à la situation sécuritaire dégradée dans ce pays, le requérant, qui fait état de considérations générales, certes circonstanciées, sur la situation de son pays et principalement sur le territoire de la commune de Port-au-Prince et qui produit une prescription médicale qui serait en lien avec des problèmes psychiques, ne justifie pas qu'il serait personnellement exposé à un risque réel, direct et sérieux en cas de retour en Haïti. Par suite, l'intéressé n'établit pas qu'une atteinte grave et manifestement illégale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ait été portée à son droit de ne pas subir des traitements inhumains ou dégradants tel que protégé notamment par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au préfet de Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 9 juillet 2024

Le juge des référés,

Signé

O. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

R DELMESTRE-GALPE

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