vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2400936 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, et un mémoire complémentaire, enregistrés le 9 et le 11 juillet 2024, Mme D et autres, représentés par Me Mazas, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative, la suspension de la procédure d'adoption de la maquette de la licence d'histoire, la suspension de la procédure de modification des référents de la licence d'histoire ainsi que le cas échéant, les décisions intervenues validant la maquette nouvelle et le nouvel organigramme ;
2°) d'enjoindre à l'Université de la Guyane de reprendre l'adoption de ladite maquette selon les procédures valides au sein de l'université de la Guyane ;
3°) de mettre à la charge de l'Université de la Guyane la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'adoption par le Conseil Académique de la nouvelle maquette risque d'être validée, au terme d'une procédure irrégulière au regard des statuts de l'Université, par le Conseil d'Administration, qui se réunit le 15 juillet prochain, et que cette validation risque de générer un désordre dans l'ensemble des décisions prises au sein de la filière concernée ; il est porté atteinte aux procédures de garanties statutaires et de démocratie universitaire ;
- la décision d'adoption de la nouvelle maquette a été prise par une autorité incompétente, et la validation de la nouvelle maquette conduit à porter atteinte à la liberté d'enseignement, qui est une liberté fondamentale, dès lors qu'elle prive les enseignants et enseignants chercheurs des responsabilités et porte atteinte à leur indépendance, protégé par les statuts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, l'Université de Guyane, représentée par la SCP Poupet et Kacenelenbogen, avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de Cassation, conclut au rejet de la requête et qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
L'Université de la Guyane fait valoir que :
- La condition d'urgence n'est pas remplie (absence d'urgence à suspendre à 48h et urgence à exécuter) ;
- Il y a une absence d'atteinte à une liberté fondamentale ;
- Il n'y a pas d'atteinte grave et manifestement illégale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Delmestre-Galpe, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :
- les observations du SNESUP Guyane représenté par Mme A ;
- les observations de l'Université de la Guyane représentée par Mme E
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
2. Une procédure, tendant à l'élaboration d'une nouvelle maquette de la licence d'histoire, a été lancée par l'Université de la Guyane à la suite d'un audit interne. Cette nouvelle maquette réduisant, dans sa forme actuelle, le volume horaire de certains cours dispensés au sein de la filière concerné et modifiant les référents de la licence d'histoire, Mme D et autres demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative, la suspension de la procédure en cours et à ce qu'il soit enjoint à l'Université de la Guyane de reprendre le processus d'adoption de la nouvelle maquette selon les procédures en vigueur au sein de l'Université de la Guyane.
Sur la condition d'urgence posée à l'article L.521-2 du code de justice administrative :
3. Lorsqu'il est demandé au juge des référés de statuer sur la condition d'urgence posée par l'article L.521-2 du code de justice administrative, l'urgence s'apprécie au regard du délai de quarante-huit heures imparti au juge des référés pour statuer.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, en l'absence de circonstances particulières, la procédure initiée par l'Université de la Guyane pour élaborer la nouvelle maquette de la licence d'histoire qui sera examinée par le Conseil d'Administration de l'Université de la Guyane lors de sa séance du 15 juillet 2024, et alors qu'aucune décision n'est encore arrêtée, n'est pas de nature à caractériser une situation d'urgence impliquant, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à la sauvegarde d'une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures. Par suite, la condition d'urgence posée à l'article précité n'est pas satisfaite.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D et autres doit être rejetée, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions de l'Université de la Guyane relative aux frais de procès.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme D et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'Université de Guyane présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D, à M. B, au Snesup Guyane et à l'Université de Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024
Le juge des référés,
Signé
O. C
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier
Signé
R.DELMESTRE-GALPE