mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401002 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 juillet 2024, le 22 juillet 2024, le 14 août 2024 et le 16 août 2024, Mme D C doit être regardée comme demandant au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel la directrice interrégionale cheffe de la mission des services pénitentiaires de l'outre-mer l'a placée en congé de maladie ordinaire du 5 janvier 2021 au 7 février 2021 et des douze arrêtés du même jour prolongeant ce congé jusqu'au 6 septembre 2023 ;
2°) de suspendre les mesures imposées par la commission de surendettement de la Guyane et d'annuler l'examen du recours des contestations des mesures imposées par le juge des contentieux et de la protection, prévu le 10 octobre 2024 ;
3°) d'enjoindre " dans un délai d'urgence " au garde des sceaux, ministre de la justice de rétablir son plein traitement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
5°) d'enjoindre à la commission de surendettement de la Guyane de mettre en place un échéancier de remboursement respectant ses droits.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
Sur l'urgence :
- elle percevait l'intégralité de sa rémunération avant la prescription de son arrêt de travail en date du 4 janvier 2021 de sorte que ses droits à congé de maladie ordinaire n'étaient pas encore épuisés et qu'avant le réexamen de sa situation administrative du 6 février 2024, elle percevait l'intégralité de son traitement au mois de janvier 2024 ;
- le non versement de l'intégralité de son traitement a eu pour conséquence un surendettement et ses conditions d'existence ont été bouleversées compte tenu du montant de ses charges fixes ;
- il est impossible de réunir la formation collégiale du tribunal administratif dans un délai raisonnable ;
- elle a introduit sa demande de suspension moins de deux mois après l'intervention de la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 24 mars 2024 ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité des arrêtés attaqués :
- elle a le droit au bénéfice d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service en application des dispositions de l'article L. 822-22 du code général de la fonction publique dès lors que sa situation administrative est directement causée par l'exercice de ses fonctions ;
- les décisions en litige sont survenues postérieurement au signalement au titre de l'article L. 135-1 du code général de la fonction publique des faits concernant un de ses collègues ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 135-4 du code général de la fonction publique ;
- l'administration était tenue de la placer en congé de maladie à plein traitement à titre conservatoire tant que le conseil médical n'a pas pu obtenir de rendez-vous avec elle et ce afin de rendre son avis sur la question de l'imputabilité de sa pathologie au service conformément aux dispositions de l'article 25 du décret du 14 mars 1986 ; elle a reçu sa convocation postérieurement à l'expertise médicale du 30 novembre 2023 ; le conseil médical ne s'est pas réuni le 12 décembre 2023 comme affirmé par le garde des sceaux, ministre de la justice ;
- l'administration n'a pris aucun arrêté pour maintenir sa rémunération à demi-traitement postérieurement à la date du 6 septembre 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas caractérisée dès lors que les arrêtés litigieux datent du 18 janvier 2024, que le juge des référés s'est déjà prononcé le 4 juillet 2024, qu'en contestant ces arrêtés plus de quatre mois suivant leurs édictions, elle s'est placée elle-même dans la situation d'urgence et elle ne justifie pas de la nécessité d'obtenir le bénéfice " à très bref délai " d'une mesure provisoire ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des arrêtés en litige.
Par un courrier du 13 août 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que le juge des référés :
* suspende les mesures imposées par la commission de surendettement de la Guyane ;
* annule l'examen du recours des contestations des mesures imposées par le juge des contentieux et de la protection prévu le 10 octobre 2024 ;
* fasse injonction à la commission de surendettement de la Guyane de mettre en place un échéancier de remboursement respectant les droits de Mme C.
Mme C a présenté des observations, enregistrées le 14 août 2024, sur le moyen d'ordre public qui ont été communiquées et dans lesquelles elle déclare abandonner les conclusions visées par le moyen d'ordre public.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête, enregistrée le 9 avril 2024, sous le n° 2400434, par laquelle Mme C demande l'annulation des arrêtés du 18 janvier 2024.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Gillmann, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus lors de l'audience publique, tenue le 16 août 2024 à 10 heures 00, en présence de Mme Mercier, greffière d'audience :
- le rapport de M. Gillmann, juge des référés ;
- les observations de Mme C qui reprend ses écritures en précisant qu'elle conteste principalement l'absence de saisine du conseil médical ;
- et les observations de Mme A, directrice des services pénitentiaires, adjointe au chef d'établissement du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly, représentant le garde des sceaux, ministre de la justice qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense et qui a proposé une mise en place de mesures alternatives afin d'améliorer la situation de Mme C.
La clôture de l'instruction a été différée au 16 août 2024 à 11 heures 30.
Mme C a produit un mémoire, le 17 août 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et qui n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est première surveillante affectée au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly. L'intéressée a été placée en arrêt de travail à compter du 4 janvier 2021. Celui-ci ayant été prolongé plusieurs fois. Par un arrêté du 14 janvier 2021, la directrice des ressources humaines du centre pénitentiaire l'a placée en congé maladie ordinaire du 5 janvier au 7 février 2021. Celui-ci ayant également été prolongé plusieurs fois. Par un jugement du 27 avril 2023, le tribunal administratif de la Guyane a fait droit à la demande de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2021 de la directrice des ressources humaines du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly et a enjoint à la directrice interrégionale, cheffe de la mission des services pénitentiaires d'outre-mer de réexaminer la situation administrative de l'intéressée pour la période courant du 5 janvier au 7 février 2021. Par un jugement du 15 février 2024, le tribunal a annulé, par voie de conséquence, les arrêtés du 6 mai 2021 et du 19 mai 2021 faisant suite à l'arrêté du 14 janvier 2021, annulé par le jugement du 27 avril 2023 précité. Par un courrier en date du 16 août 2023, notifié le 22 août 2023, Mme C a été convoquée à une expertise médicale. Par un courrier du 17 novembre 2023, notifié le 4 décembre 2023, Mme C a de nouveau été convoquée à une expertise médicale, prévue le 30 novembre 2023. Le 14 décembre 2023, le conseil médical a émis un avis relatif à la situation de Mme C. Par plusieurs arrêtés en date du 18 janvier 2024, la directrice interrégionale cheffe de la mission des services pénitentiaires de l'outre-mer l'a placée en congé maladie ordinaire du 5 janvier 2021 au 6 septembre 2023. Par la présente requête, Mme C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de ces arrêtés et de suspendre les mesures imposées par la commission de surendettement de la Guyane, ainsi que d'annuler l'examen du recours des contestations des mesures imposées par le juge des contentieux et de la protection, prévu le 10 octobre 2024.
Sur le désistement partiel :
2. En réponse au courrier du 13 août 2024 informant les parties que la présente ordonnance était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, Mme C a expressément abandonné ses conclusions aux fins de suspension des mesures imposées par la commission de surendettement de la Guyane, d'annulation de l'examen du recours des contestations des mesures imposées par le juge des contentieux et de la protection prévu le 10 octobre 2024 et d'injonction à la commission de surendettement de la Guyane de mettre en place un échéancier de remboursement respectant ses droits. Dès lors, il y a lieu pour le juge des référés de ne statuer que sur les conclusions à fin de suspension des arrêtés du 18 janvier 2024.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
4. En premier lieu, selon l'article 25 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " () / L'administration peut faire procéder à tout moment à l'examen du demandeur par un médecin agréé. Elle fait en outre procéder à cet examen au moins une fois après une période de congé de maladie de six mois consécutifs. Le fonctionnaire se soumet à cet examen sous peine d'interruption du versement de sa rémunération. / Le conseil médical compétent peut être saisi, soit par l'administration, soit par l'intéressé, des conclusions du médecin agréé ".
5. Si Mme C soutient que l'administration était tenue de la placer en congé de maladie à plein traitement à titre conservatoire tant que le conseil médical, devant statuer sur la question de l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle, ne s'est pas réuni, il résulte de l'instruction qu'elle a été convoquée une première fois le 30 août 2023 devant le docteur B, psychiatre inscrit sur la liste des experts, lequel n'a pas pu l'examiner en raison de son refus de répondre aux questions et de sa volonté d'enregistrer la conversation, ce qui lui a été refusé. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction qu'une nouvelle convocation a été envoyée le 17 novembre 2023 pour un nouvel examen devant le docteur E le 30 novembre 2023 et que Mme C n'y est pas allée en raison du retrait du pli, présenté à son domicile le 21 novembre 2023, le 4 décembre 2023, soit postérieurement à la date du rendez-vous médical. Toutefois, la tenue de la première expertise médicale, suffisait à ce que le conseil médical se réunisse en formation plénière le 14 décembre 2023 et statue sur l'imputabilité au service de la maladie de Mme C. Il résulte du procès-verbal de ce conseil que l'intéressée a été invitée à prendre connaissance de son dossier et que deux membres ont rendu un avis défavorable à la reconnaissance d'une maladie professionnelle, tandis que deux autres membres se sont abstenus. Il s'ensuit qu'en l'état de l'instruction, la requérante n'établit pas que le conseil médical n'a pas été saisi afin de statuer sur son cas et qu'elle aurait dû être placée en congé de maladie à plein traitement.
6. En deuxième lieu, Mme C ne peut utilement soutenir que l'administration n'a pris aucun arrêté pour maintenir sa rémunération à demi-traitement postérieurement à la date du 6 septembre 2023 dès lors qu'elle conteste seulement les treize arrêtés du 18 janvier 2024 la plaçant en congé de maladie ordinaire du 5 janvier 2021 au 6 septembre 2023 et non un rejet de demande tendant à ce qu'elle soit placée dans une position administrative régulière.
7. En dernier lieu, les autres moyens invoqués par Mme C à l'appui de sa demande de suspension des treize arrêtés du 18 janvier 2024 et tirés de son droit au bénéfice d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service en application des dispositions de l'article L. 822-22 du code général de la fonction publique, de l'édiction desdits arrêtés postérieurement au signalement au titre de l'article L. 135-1 du code général de la fonction publique des faits concernant un de ses collègues et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 135-4 du code général de la fonction publique ne paraissent pas, en l'état de l'instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de ces arrêtés.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que les conclusions à fin de suspension de la requête de Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de Mme C tendant à la suspension des mesures imposées par la commission de surendettement de la Guyane, à l'annulation de l'examen du recours des contestations des mesures imposées par le juge des contentieux et de la protection, prévu le 10 octobre 2024 et à l'injonction à la commission de surendettement de la Guyane de mettre en place un échéancier de remboursement respectant ses droits.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 20 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
J. GILLMANN
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER