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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401029

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401029

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401029
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantMASCLAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Masclaux, demande au juge des référés du tribunal administratif de la Guyane, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 26 juillet 2024 par lequel le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

3°) en cas d'éloignement, d'enjoindre au préfet de la Guyane de prendre toutes les mesures nécessaires pour organiser son recours sur le territoire français ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a été placé en centre de rétention administrative ;

- l'arrêté en litige porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la convention relative au statut des apatrides ;

- en cas de renvoi dans son pays d'origine, préalablement à l'audience, il serait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours juridictionnel effectif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'arrêté en litige ne porte pas d'atteinte grave et manifestement illégale à une quelconque liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative au statut des apatrides signée à New-York le 28 septembre 1954 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Deleplancque, en application de l'article

L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 29 juillet 2024 à 11 heures 05, en présence de Mme Nicanor, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Deleplancque ;

- les observations de Me Masclaux, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. B.

Le préfet de la Guyane n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né au Suriname en 1988, est entré en France à l'âge d'un an, selon ses déclarations. Le 26 juillet 2024, l'intéressé a fait l'objet d'une interpellation pour vol par escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés du tribunal administratif de la Guyane, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale () ".

4. En l'espèce, M B soutient que l'arrêté en litige lui porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale dès lors qu'il est entré sur le territoire français à l'âge d'un an et qu'il se déclare apatride. Toutefois, les seules attestations du comité pour la santé des exilés relatives au suivi de ses démarches administratives effectuées depuis le mois de mai 2024 afin de constituer un dossier de demande de reconnaissance du statut d'apatride auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ne suffisent pas à justifier de la réalité de ses allégations. A cet égard, il ne résulte pas de l'instruction que les autorités surinamaises et guyaniennes auraient effectivement refusé de faire droit à ses demandes de passeport. Par ailleurs, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait grandi sur le territoire français et poursuivi sa scolarité. Il en va de même en ce qui concerne la présence de sa mère sur le territoire français, laquelle serait au demeurant décédée le jour même de son interpellation sans qu'il soit cependant en mesure de le démontrer. En outre, l'intéressé, qui se déclare célibataire et sans enfant, ne justifie d'aucun élément d'intégration dans le tissu économique et social français et ne conteste pas être défavorablement connu des services de police pour des faits de cambriolage ou de tentatives de vol depuis 2011. Dans ces conditions, M. B n'établit pas l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale. Enfin, aucune atteinte au droit au recours effectif n'est caractérisée dans la présente instance.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions y compris celles présentées au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de la Guyane.

Copie pour information sera adressée à la CIMADE et au service territorial de la police aux frontières.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 29 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

C. DELEPLANCQUE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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