mercredi 31 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401054 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | PIALOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2024, Mme B D épouse E, agissant en son nom propre et en qualité de représente légale de M. A E, représentée par Me Pialou, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de leur délivrer un titre de voyage sur le fondement des dispositions de l'article L. 561-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à défaut, de leur délivrer tout autre document lui permettant de voyager dans des conditions identiques ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'ils ne peuvent pas se rendre auprès de leur époux et père, handicapé et bénéficiant de soins en France hexagonale ;
- le refus de leur octroyer un titre de voyage leur porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur liberté d'aller et venir garantie par l'article 2 du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au droit au respect de leur vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'à l'intérêt supérieur de l'enfant A E en méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, le préfet de la Guyane conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à la délivrance des titres de voyage et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir qu'un titre de voyage a été remis à Mme D le 30 juillet 2024 et qu'un même titre, valable à compter du 31 juillet 2024, sera délivré au jeune A E.
Le président du tribunal a désigné Mme Deleplancque, en application de l'article
L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 31 juillet 2024 à 10 heures 05, en présence de Mme Nicanor, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Deleplancque ;
-les observations de Me Masclaux, se substituant à Me Pialou, qui a conclu, par les mêmes moyens, aux mêmes fins que la requête ;
- et, les observations de M. C E.
Le préfet de la Guyane n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale () ".
2. Mme D et son jeune fils, M. A E, ressortissants syriens, nés respectivement en 1978 et en 2007, se sont vus reconnaître le statut de réfugiés par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 20 janvier 2023.
Mme D bénéficie d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 15 novembre 2023 au
14 novembre 2027 et un document de circulation pour étranger mineur, valable jusqu'au
6 novembre 2026, a été remis à son fils. Le 16 décembre 2023 et le 20 janvier 2024, l'intéressée a demandé au préfet de la Guyane de leur délivrer chacun un titre de voyage pour étranger bénéficiaire de la protection internationale. Les services de la préfecture ont informé la requérante de ce que sa demande était acceptée et qu'un titre était en cours de fabrication. Le préfet n'a par ailleurs pas répondu à la demande formulée au nom de son fils mineur. Par la présente instance, Mme D épouse E, agissant en son nom propre et en qualité de représente légale de M. A E sollicite du juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il ordonne au préfet de la Guyane de leur délivrer un titre de voyage sur le fondement des dispositions de l'article L. 561-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative que lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure particulière instituée à cet article, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. En l'espèce, pour justifier de l'urgence à ce qu'il soit fait droit à ses conclusions, Mme D soutient qu'elle attend, avec son fils mineur, de se voir délivrer des titres de voyage par le préfet de la Guyane depuis plus de sept mois et que cette situation les empêche de se rendre sur le territoire hexagonal où réside leur époux et père, reconnu handicapé et bénéficiant de soins médicaux. Toutefois, si la requérante, qui est présente en Guyane avec ses fils et sa belle-fille, produit des certificats médicaux attestant du suivi médical de son époux au sein des hôpitaux universitaires de Strasbourg depuis plusieurs mois, il ne résulte pas de l'instruction que son état de santé nécessiterait la venue, à très bref délai, de ses proches, ni même que ces derniers auraient réservé des billets d'avion afin de se rendre à son chevet. Enfin, il résulte de l'instruction que le préfet de la Guyane a remis des titres de voyage à M. C E et à Mme D le
30 juillet 2024 et que les titres de M. F E et du jeune A E sont en cours de fabrication. Dans ces conditions, Mme D ne justifie pas d'une urgence particulière de nature à rendre nécessaire que le juge des référés fasse usage dans les quarante-huit heures des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de non-lieu à statuer ainsi que sur l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, que la requête de Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme D épouse E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D épouse E et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 31 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
C. DELEPLANCQUE
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR