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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401095

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401095

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401095
TypeOrdonnance
Avocat requérantPEPIN JULIETTE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de la Guyane, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de l'arrêté du 8 août 2024 par lequel le préfet de la Guyane avait obligé M. A, ressortissant haïtien entré en France à 13 ans, à quitter le territoire sans délai avec une interdiction de retour de cinq ans. Le juge a estimé que cette mesure portait une atteinte grave et manifestement illégale au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, compte tenu de sa scolarité continue, de sa relation avec une ressortissante en situation régulière dont il attend un enfant, et de sa convocation en préfecture pour un examen de son droit au séjour. La condition d'urgence a été reconnue en raison du caractère exécutoire de la mesure d'éloignement. Les articles L. 521-2 du code de justice administrative et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ont été appliqués.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, M. B A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 8 août 2024 par lequel le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une période de cinq ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour et, à défaut, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée et familiale normale.

La requête a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hégésippe, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur la demande de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 12 août 2024 à 09 heures 05, en présence de Mme Mercier, greffière, M. Hégésippe a donné lecture de son rapport et entendu les observations de M. B A.

Le préfet de la Guyane n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale () ".

3. M. A, ressortissant haïtien né en 2003, est entré sur le territoire français en 2016 selon ses déclarations. Il a fait l'objet le 8 août 2024 d'une interpellation dans le cadre d'une opération de vérification du droit de circulation ou de séjour suivie d'une mise en garde vue. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une période de cinq ans. Par la présente instance, M. A sollicite du juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative qu'il ordonne la suspension de l'exécution de cet arrêté.

4. En premier lieu, eu égard au caractère exécutoire de la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. A, à son maintien en centre de rétention et, à l'absence de voie de recours ayant un caractère suspensif, la condition d'urgence, requise par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, doit être regardée comme satisfaite.

5. En second lieu, il résulte de l'instruction que M. A est entré sur le territoire français à l'âge de treize ans. L'intéressé justifie avoir poursuivi une scolarité continue sur le territoire français par la production de bulletins et de certificats de scolarité. Par ailleurs, il justifie par des éléments non contestés en défense être en couple avec une ressortissante étrangère en situation régulière, au demeurant, de laquelle il attend un enfant. En outre, il résulte de l'instruction, ce alors même que les mentions de l'arrêté en litige font grief à M. A d'être dépourvu de tout titre de séjour, que l'intéressé est convoqué en préfecture le 22 octobre 2024 afin que soit examiné son droit au séjour notamment en qualité d'étudiant. Parallèlement, il ne résulte pas de l'instruction que le placement en garde à vue de l'intéressé aurait abouti à une quelconque décision de justice et l'intéressé soutient sans être contredit que les faits à l'origine de ce placement ont été classés sans suite. Il en résulte, dans les circonstances particulières de l'espèce, que l'arrêté du 8 août 2024 pris à l'encontre de M. A porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de son exécution.

6. La présente ordonnance n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme réclamée par M. A au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 8 août 2024 pris à l'encontre de M. A est suspendue.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Guyane.

Copie pour information sera adressée à la Cimade et aux services de la police aux frontières.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 12 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

D. HEGESIPPE

La République mande et ordonne préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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