lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401106 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | MARCAULT DEROUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire ampliatif, enregistrés le 13 et le 28 août 2024, M. E, représenté par Me Marcault Derouard, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre, l'exécution de l'arrêté n° 97 33 07 24 100 31, portant autorisation de construire et de démolition totale émis par la commune de Matoury le 18 juin 2024;
2°) de mettre à la charge de la commune de Matoury une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite ; l'autorisation d'urbanisme porte sur un permis de construire lequel prévoit la démolition du bien édifié sur la parcelle qu'il occupe ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- s'agissant du permis de démolition, la demande est incomplète en méconnaissance des articles R. 451-1 et R. 451-2 du code de l'urbanisme ;
- le titulaire des autorisations d'urbanisme ne dispose d'aucun droit sur la parcelle et n'agit pas en qualité de mandataire en méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté attaqué est manifestement illégal dès lors qu'il a été pris sans être précédé d'une demande de permis d'aménager en méconnaissance de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme ;
- le titulaire des autorisations d'urbanisme aurait dû faire appel à un architecte en application de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit en tant qu'il ne fait aucune mention de la date de construction des ouvrages à démolir, du plan de masse permettant de situer la construction à démolir et des photographies faisant apparaître la construction à démolir en méconnaissance de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme ; le demande de permis n'était pas accompagnée de la justification du dépôt de la demande d'un permis de démolir en méconnaissance de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté viole les dispositions de l'article UD 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Matoury relatives à la largeur minimale des voies privées à créer au sein du lotissement ;
- l'arrêté viole les dispositions de l'article UD 6 du règlement du PLU relatives à l'implantation des construction par rapport aux voies et emprises publiques dès lors que certains logements seront implantés à un peu plus de 7 mètres de la route nationale 2 ;
- enfin, en accordant un permis de démolir au promoteur non propriétaire du terrain d'assiette, le maire a entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée à la commune de Matoury qui n'a pas produit d'observations.
La requête a été communiquée à la Sarl Promeor qui n'a pas produit d'observations.
La requête a été communiquée à M. D B qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 août 2024 sous le numéro 2401099 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique
- le rapport de M. Guiserix, juge des référés, en présence de Mme Prosper, greffière d'audience ;
- les observations de Me Marcault Derouard, représentant M. C ;
- la commune de Matoury n'était ni présente, ni représentée ;
- la Sarl Promeor n'était ni présente, ni représentée ;
- M. D B n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 18 juin 2024, le maire de la commune de Matoury a délivré à la Sarl Promeor un permis de démolir et de construire un ensemble immobilier de 64 logements sur les parcelles cadastrés AL n° 2073, AL n° 2075, AL n° 2076 et AL n° 2077 situées au Lieu-dit La Désirée à Matoury. M. C soutient, sans que ses affirmations ne soient contestées en défense, être propriétaire d'un terrain de 1 000 m² acquis dans le cadre d'une vente par M. D B et que sa propriété fait partie de la parcelle objet du permis de construire en litige où il a établi sa résidence habituelle. Par la présente requête, M. C demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 18 juin 2024 portant autorisation de construire et de démolition totale.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " [] La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. La construction d'un bâtiment autorisée par un permis de construire présente un caractère difficilement réversible. Par suite, lorsque la suspension de l'exécution d'un permis de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d'urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
5. Les travaux autorisés par le permis de construire en litige sont susceptibles d'entrainer des conséquences difficilement réversibles pour le requérant, ce qui n'est au demeurant contesté ni par la commune de Matoury, ni par la Sarl Promeor. Dans ces circonstances, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
6. En premier lieux, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les () déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés (). ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-5 du même code : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R 423-1 pour déposer une demande de permis. ".
7. Aux termes de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : / a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; / b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. ". Aux termes de l'article R. 451-1 du même code : " La demande de permis de démolir précise : / a) L'identité du ou des demandeurs () La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ". Lorsqu'un permis de construire autorise un projet qui implique la démolition totale ou partielle d'un bâtiment soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire doit soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir, soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction.
8. Il ressort des pièces du dossier sans être contesté en défense, que la Sarl Promeor a présenté une demande de permis de démolir et de construire. Toutefois, alors que la société pétitionnaire ne justifie pas d'un titre de propriété sur le terrain de l'assiette, il n'est pas établi par les pièces du dossier que l'attestation requise par les dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, a été transmise au service instructeur dans le cadre de l'examen de la demande de permis. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de permis de construire ait été assortie d'une demande de permis de démolir. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : / a) Les lotissements : / qui prévoient la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement. Les équipements pris en compte sont les équipements dont la réalisation est à la charge du lotisseur ; () ".
10. Il résulte de ces dispositions que les lotissements qui prévoient la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager.
11. Il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire n'établit pas que le terrain d'assiette a fait l'objet d'un permis d'aménager pour la réalisation d'un lotissement de 64 logements d'une surface de 4 395 mètres carrés. Ainsi, le moyen tiré de la nécessité d'un permis d'aménager est, de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme : " () la demande de permis de construire ne peut être instruite que si la personne qui désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation a fait appel à un architecte pour établir le projet architectural faisant l'objet de la demande de permis de construire ". Aux termes de l'article L. 431-2 du même code : " Le projet architectural définit, par des plans et documents écrits, l'implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l'expression de leur volume ainsi que le choix des matériaux et des couleurs. Il précise, par des documents graphiques ou photographiques, l'insertion dans l'environnement et l'impact visuel des bâtiments ainsi que le traitement de leurs accès et de leurs abords ".
13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le pétitionnaire à l'origine de la demande de permis de construire valant permis de démolir ait fait appel à un architecte. En l'état de l'instruction, ce moyen apparait de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article UD 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Matoury : " La création des voies publiques ou privées ouvertes à circulation automobiles est soumises aux conditions suivantes : - La largeur minimal de l'emprise sera de 5 m lorsqu'il n'y a qu'un seul logement ; - Au-delà, la largeur de l'emprise sera fonction du nombre de logements desservis avec un minimum de 10 m sauf pour les voies figurant en emprise réservée dont la largeur figurera en annexe. / une aire de retournement sera prévue pour les voies en impasse afin de permettre aux véhicules privés et à ceux des services publics (lutte contre l'incendie, enlèvement des ordures ménagères) de faire demi-tour. Cette aire de retournement devra être localisée en limite séparative afin de permettre le désenclavement des parcelle contiguës. ". Aux termes de l'article UD 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Matoury : " Aucun bâtiment d'habitation ne pourra être implanté à moins de 75 m de l'axe de des routes Nationales et 35 m de l'axe des routes départementales. / 1 En bordure des voies les constructions ne peuvent être édifiées à moins de 15 m de la limite de propriété. / 2 En bordure des fossés ou Canaux des eaux pluviales, les constructions devront s'implanter à 10 mètres au minimum de la bordure. ".
15. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles UD 3.2 et UD 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Matoury en tant que le permis de construire prévoit la création d'une voie privée d'une emprise de 5,50 mètres de large pour un lotissement de 64 logements et que certains logement seront implantés à moins de 75 mètres de l'axe de la route nationale 2, paraissent de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
16. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen ne paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
17. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 18 juin 2024, jusqu'au jugement de la requête au fond.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Matoury la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 18 juin 2024, par lequel le maire de la commune de Matoury a accordé à Sarl Promeor un permis de démolir et de construire est suspendue.
Article 2 : La commune de Matoury versera à M. C la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à la commune de Matoury, à la société Promeor et à M. D B.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
O. GUISERIX
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
S.PROSPER