vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401181 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CLAVIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 août 2024, M. D A, représenté par Me Stephenson, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 19 décembre 2023 portant retrait de son permis de conduire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant fait valoir que :
- La condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté litigieux met en péril sa situation professionnelle ;
- Il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- L'arrêté est insuffisamment motivé ;
- L'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation de la part du préfet de la Guyane.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- La condition d'urgence n'est pas remplie ;
- Aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 5 janvier 2024 sous le numéro 2400020 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Nicanor, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. B, pour le préfet de la Guyane ;
- le requérant n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce que suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".
2. M. A, ressortissant chinois né en 1978, s'est vu délivrer le 6 mai 2013 le permis de conduire. Le 19 décembre 2023, le préfet de la Guyane a pris un arrêté lui retirant ce permis obtenu frauduleusement.
3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonnée le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
4. D'une part, si M. A soutient que la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il est gérant d'un restaurant, que la détention d'un permis de conduire est une nécessité afin d'approvisionner son restaurant en denrées alimentaires et que sa femme ne dispose pas non plus du permis de conduite, il ne fait, toutefois, état d'aucun élément, au demeurant, plus de huit mois après l'introduction de la requête au fond, qui pourrait laisser penser qu'il serait privé de toutes alternatives pour approvisionner son restaurant.
5. D'autre part, le préfet de la Guyane fait valoir que l'arrêté litigieux répond à un intérêt public qui est celui de la sécurité des usagers de la route particulièrement fort en Guyane. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et particulièrement du procès-verbal d'audition libre du 11 juillet 2023, que M. A qui a reconnu avoir fraudé à l'épreuve théorique générale dont l'objectif est de vérifier la bonne compréhension des règles de sécurité inhérente à la circulation routière ne peut attester avoir les connaissances requises pour assurer la sécurité des autres usagers de la route.
6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute réel et sérieux quant à la légalité de la décision, que la requête susvisée doit être rejetée en toutes ses conclusions.
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante, la somme réclamée par M. A en application desdites dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au préfet de la Guyane.
Rendue public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
O. C
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR