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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401193

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401193

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401193
TypeDécision
Avocat requérantPIALOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2024, M. A C représenté par Me Pialou, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 14 mai 2024 du préfet de la Guyane en tant qu'il lui fait obligation fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son avocate de renoncer à l'indemnité d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est caractérisée ;

- il y a un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'incompétence du signataire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnait les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'OQTF est entachée de défaut de base légale en raison des irrégularités entachant le refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- l'arrêté méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond, enregistrée le 3 septembre 2024, sous le numéro 2401192.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Nicanor, greffière d'audience, M. Guiserix a lu son rapport M. B, pour le préfet de la Guyane, le requérant n'étant ni présent, ni représenté

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. M. A D, ressortissant haïtien né le 19 septembre 2000 à Saint-Louis du Sud (Haïti), est, selon ses déclarations, entré en France au cours de l'année 2016, à l'âge de

16 ans. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 14 mai 2024 du préfet de la Guyane en tant qu'il lui fait obligation fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination

4. M. C est entré sur le territoire en 2016 pour rejoindre son père, a été scolarisé au lycée Balata à partir de septembre 2018 et a obtenu un CAP monteur d'installations sanitaires. L'intéressé, qui se prévaut de son intégration, a effectué trois stages dans le domaine des installations sanitaires et est membre de l'équipe de football de Soula depuis 2017. Toutefois, les éléments ainsi relatés, étayés par des promesses d'embauche précédent de plusieurs mois la décision, ne peuvent être regardés à ce stade comme suffisamment aboutis. Outre son parcours scolaire, il fait également valoir la présence sur le territoire français de membres de sa famille, notamment son père, en situation régulière mais résidant dans l'hexagone, et une tante chez laquelle il réside. Toutefois, M. C, célibataire, sans enfant, ne démontre pas entretenir des relations étroites avec son père, circonstance insuffisante à elle seule pour justifier de l'existence d'une vie privée et familiale intense, stable et ancienne et d'un droit au maintien sur le territoire. Dans ces conditions, aucun des moyens invoqués tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté pris à son encontre.

5. Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux termes duquel : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. En l'espèce, M. C ne justifie pas être personnellement exposé, en cas de retour en Haïti, à des risques de traitements inhumains et dégradants ou à des menaces pour sa vie et sa liberté. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et des dispositions précitées ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la mesure portant fixation du pays de renvoi.

7. Aucun autre moyen ne paraît de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux.

8. La situation actuelle en Haïti est en revanche de nature à faire obstacle à l'exécution de la décision fixant cet Etat comme pays de renvoi, eu égard aux stipulations précitées de l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, la requête de M. C demandant la suspension de l'exécution de l'arrêté en litige, ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 25 septembre 2024.

Le président,

Signé

O. Guiserix

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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