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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401232

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401232

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401232
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantPIGNEIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Pigneira, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre sans délai son éloignement vers Haïti ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A B soutient que :

- l'urgence est présumée du fait de son expulsion imminente vers Haïti ;

- il y a une atteinte au droit d'asile ;

- il y a une atteinte au droit de ne pas subir de traitement inhumain et dégradant garanti par l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme et l'article 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il y a une atteinte grave et manifestement illégale au droit de mener une vie privée et familiale normale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'Homme ;

- il y aurait une atteinte au droit à un recours effectif en cas d'expulsion préalable à l'audience.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas caractérisée en raison de la suspension de son éloignement vers Haïti prononcée par la Cour européenne des droits de l'Homme le 9 septembre 2024 jusqu'à 7 jours après réception par elle de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

- aucun élément probant et substantiel ne permet de considérer qu'à la date de la décision il serait personnellement exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des risques portant atteinte à son intégrité et aux droits protégés par l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision G.B. c. France n° 25381/24 rendue par la Cour européenne des droits de l'Homme le 9 septembre 2024.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'hommes et des libertés fondamentales ;

- le Pacte international des droits civils et politiques ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal et notamment son article 131-30 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Delmestre-Galpe, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Pigneira, pour le requérant, présent à l'audience ;

- les observations de M. D, pour le préfet de la Guyane.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien né le 12 août 1992 à Aquin (Haïti), a notamment fait l'objet d'une peine complémentaire d'interdiction judiciaire de séjour sur le territoire français prononcée à son encontre le 21 juin 2022 par le tribunal correctionnel de Cayenne. A sa levée d'écrou, il a fait l'objet d'un arrêté du 21 août 2024 fixant Haïti comme pays de renvoi et d'un arrêté du même jour portant placement au centre de rétention administrative. L'intéressé a présenté une demande d'asile le 27 août 2024. Il a été maintenu au centre de rétention par ordonnance du 27 août 2024 du tribunal judiciaire de Cayenne confirmée en appel par une ordonnance du 29 août 2024. Le 30 août 2024, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d'asile. Par une ordonnance du 31 août 2024, le juge des référés du tribunal administratif de la Guyane a rejeté la requête en référé présentée par M. B sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative tendant à la suspension de la décision du 21 août 2024 fixant Haïti comme pays de retour. Le même jour, M. B a introduit une demande d'aide juridictionnelle devant la Cour nationale du droit d'asile afin de contester la décision de rejet. Enfin, le 9 septembre 2024, M. B a saisi la Cour européenne des droits de l'Homme sur le fondement de l'article 39 de la Convention européenne des droits de l'Homme. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre sans délai son éloignement vers Haïti.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'alinéa 1er l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

4. M. B invoque, pour justifier de l'urgence pour le juge des référés de faire usage à très brefs délais des pouvoirs qu'il détient en vertu de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, le caractère imminent de son expulsion vers Haïti.

5. Toutefois, il résulte de l'instruction que le 9 septembre 2024 la Cour européenne des droits de l'homme a demandé au gouvernement français de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement vers Haïti jusqu'au 7ème jour après réception, par la Cour, de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), sur le fondement de l'article 39 de son règlement.

6. La mesure conservatoire demandée par la Cour européenne des droits de l'homme mentionnée au point précédent fait obstacle à l'exécution de toute procédure autoritaire de sortie vers Haïti décidée par les autorités françaises, en l'absence d'exigence impérieuse d'ordre public ou de tout autre obstacle objectif empêchant le gouvernement français de s'y conformer et dont il aurait informé la Cour afin de l'inviter à réexaminer la mesure conservatoire prescrite. Par ailleurs, et comme il a été rappelé à l'audience par le conseil du requérant et confirmé par le représentant du préfet de la Guyane, les délais de jugement de la Cour nationale du droit d'asile sont en l'état actuel de quatre à cinq mois. Par suite, en l'état de l'instruction, le requérant n'établit pas l'urgence de sa demande au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante la somme de 1 500 euros en application desdites dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au préfet de la Guyane, à la Police aux frontières de la Guadeloupe, à la Cimade et au Service territorial de police aux frontières.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. C

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

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