vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401250 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | PIGNEIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024, M. D, représenté par Me Pigneira, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ à destination de son pays d'origine et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie en raison de son placement au centre de rétention administrative qui implique que la décision d'éloignement dont il fait l'objet puisse être exécutée à tout moment ;
- le préfet de la Guyane a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée et familiale normale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'Homme ;
- il y a une atteinte grave et immédiate à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;
- il y aurait une atteinte au droit à un recours effectif en cas d'expulsion préalable à l'audience.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a pas d'atteinte grave et manifeste illégale au droit de mener une vie privée et familiale normale au motif qu'aucun élément probant et substantiel ne permet d'établir la communauté de vie avec Mme E, qu'il n'établit pas la continuité de son séjour sur le territoire et qu'il ne satisfait pas aux critères de stabilité socio-professionnelle ;
- il n'y a pas d'atteinte grave immédiate à l'intérêt supérieur de l'enfant au motif qu'il ne démontre pas suffisamment la réalité de ses liens entre son enfant et lui.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la Convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Delmestre-Galpe, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Pigneira, pour le requérant, présent à l'audience ;
- les observations de M. C, pour le préfet de la Guyane.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
2. M. H, ressortissant brésilien né le 3 juin 1975 à Vigia (A), est entré sur le territoire, d'après ses déclarations, en 2000. Interpellé sans titre sur la voie publique, l'intéressé, placé en centre de rétention administrative, a fait l'objet d'un arrêté du 11 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et l'interdisant de séjour sur le territoire pour une durée de trois ans.
3. D'une part, l'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulières prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très brefs délais les mesures de sauvegarde nécessaires. En l'espèce, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de la mesure portant obligation de quitter le territoire français est de nature à caractériser une situation d'urgence ouvrant au juge des référés le pouvoir de prononcer la suspension de cette décision.
4. D'autre part, si le préfet de la Guyane fait valoir que M. D est entré irrégulièrement sur le territoire, qu'il n'établit pas la communauté de vie avec Mme G, qu'il a deux enfants au A et qu'il est sans emploi stable et fixe, il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France en 2000 et justifie de la continuité de son séjour depuis 2013. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment d'une déclaration de concubinage, d'une attestation d'hébergement de sa compagne ainsi que deux attestations de la Caisse des allocations familiales établies en 2020 et 2021, que M. D et la mère de son enfant âgé de neuf ans et scolarisé résident à la même adresse et percevaient en 2020 et 2021, avec la prise en charge de leur fils, des allocations communes. Par suite, l'exécution de la décision en cause doit être regardée comme portant atteinte une manière grave et manifestement illégale au droit du requérant de mener une vie privée et familiale normale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'enfant. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Guyane de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
5. La présente ordonnance, qui se borne à suspendre les effets de la mesure d'éloignement, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des article L.911-1 et L.911-2 du code de justice administrative. Les conclusions du requérant tendant au réexamen de sa situation ne peuvent, dès lors, être accueillies.
6. Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de condamner l'Etat, sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à payer à son conseil, Me Pigneira, la somme de 800 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de suspendre la mesure d'éloignement dont M. D fait l'objet.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pigneira, sur le fondement des articles 37 de la loi du
10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, la somme de 800 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D, au préfet de la Guyane, à la CIMADE et au Service territorial de police aux frontières.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
O. B
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
R. DELMESTRE-GALPE