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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401257

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401257

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401257
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantPEPIN JULIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Pepin, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté AES/EM du 7 mai 2024 par lequel le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé Haïti comme pays de la reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre le préfet de la Guyane de lui délivrer, sous huit jours, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, et ce jusqu'à l'intervention du jugement au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, s'agissant d'une décision de refus de renouvellement de titre de séjour, et de l'existence de l'obligation de quitter le territoire sans possibilité de former un recours en annulation ayant un caractère suspensif ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté ;

- le signataire de cet arrêté ne justifie pas de sa compétence ;

- l'arrêté est entaché d'irrégularité en ce que l'avis du collège de médecins de l'OFII et le rapport médical sur lequel il se fonde n'ont pas été produits ni communiqués à l'intéressé ;

- la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de ses conséquences sur sa situation personnelle en cas de défaut de traitement médical et la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant Haïti comme pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 septembre 2024 sous le numéro 2401255 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Prosper, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations de Me Pepin pour le requérant ; le préfet de la Guyane n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. M. A, ressortissant haïtien, né le 29 mai 1991 à Delmas en Haïti, est, selon ses déclarations, entré en France en 2019. Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire le 16 juin 2022 sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 7 mai 2024, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

En ce qui concerne l'urgence :

4. La condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'étranger. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.

5. M. A a été titulaire d'une carte de séjour temporaire valable du 16 juin 2022 au 15 juin 2023 dont il a sollicité le renouvellement. Par une décision du 7 mai 2024, le préfet de la Guyane a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le délai de départ volontaire et le pays de renvoi. Le préfet de la Guyane ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence qui en résulte. Ainsi, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code précité doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. / La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

7. M. A se prévaut notamment de ce qu'il est atteint du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et qu'il bénéficie d'un traitement par trithérapie depuis 2019. Toutefois, les pièces versées ne permettent pas de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII du 26 décembre 2023, qui indique que si le défaut de prise en charge médicale peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour l'intéressé, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

8. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. A n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 7 mai 2024 en tant qu'il porte refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision portant fixation du pays de destination :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Il ressort des pièces versées aux débats par M. A que la situation que connaît Haïti, notamment depuis le second semestre de l'année 2023, se caractérise par un climat de violence généralisée se traduisant notamment par des affrontements opposant des groupes criminels armés entre eux et ces groupes à la police haïtienne et que cette violence atteint, dans diverses zones dont Port-au-Prince, un niveau d'une intensité exceptionnelle, entraînant un grand nombre de victimes civiles. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en cas d'exécution d'office de la décision litigieuse, l'intéressé serait en mesure d'y retourner sans rejoindre ou traverser des zones où la violence atteint un niveau d'une intensité exceptionnelle. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que son éloignement vers Haïti l'exposerait à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, il y a lieu de faire droit aux conclusions du requérant tendant à ce que la décision portant fixation du pays de destination soit suspendue.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 7 mai 2024 du préfet de la Guyane doit être suspendu en tant seulement que ce dernier a fixé son pays d'origine, à savoir Haïti, comme pays de renvoi en cas d'exécution d'office de la décision portant obligation de quitter le territoire français, au plus tard jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête enregistrée sous le n° 2401255 et compte tenu de l'urgence de la situation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'exécution de la présente ordonnance n'implique aucune mesure d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

13. L'Etat n'étant pas la partie perdante pour l'essentiel, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : L'arrêté du 7 mai 2024 est suspendu en tant qu'il fixe le pays d'origine de M. A, à savoir Haïti, comme pays de destination.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 04 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. B

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

S. PROSPER

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