jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401282 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2024, le syndicat Force Ouvrière de la collectivité territoriale de Guyane (FO-CTG) représentée par sa secrétaire générale demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative à la collectivité territoriale de Guyane (CTG) de mettre fin aux restrictions de l'usage de la messagerie électronique qui portent atteinte à la liberté syndicale et à l'exercice normal des activités du syndicat au sein de la collectivité territoriale de Guyane ;
2°) d'enjoindre à la CTG de mettre en place des panneaux d'affichage sur tous les sites et de développer un intranet fonctionnel permettant le partage de contenus volumineux.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la levée des restrictions sur l'usage de la boîte mail du syndicat FO-CTG s'impose immédiatement ;
- les pressions exercées qui s'analysent comme une entrave à l'exercice de l'activité syndicale doivent également cesser immédiatement ;
- les adresses de messagerie qui limitent le nombre de destinataires à quinze constituent des mesures discriminatoires qui portent une atteinte grave et manifestement illégale à l'exercice du droit syndical ;
- cette pratique porte atteinte aux conditions d'utilisation par les organisations syndicales, au sein d'une collectivité ou d'un établissement des technologies de l'information et de la communication prévues à l'article 4-1 du décret n°85-397 du 3 avril 1985 relatif à l'exercice du droit syndical dans la fonction publique territoriale ;
- l'intranet proposé par la CTG est insuffisant et inadapté à la diffusion d'informations syndicales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, la collectivité territoriale de Guyane, représentée par son président en exercice, conclut à ce qu'il n'y ait lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à mettre fin aux restrictions de l'usage de la messagerie électronique et, au rejet des conclusions tendant à lui enjoindre de mettre en place des panneaux d'affichage sur tous les sites et à développer un intranet fonctionnel permettant le partage de contenus volumineux.
Elle fait valoir que :
- des instructions ont été données, en juin 2024, pour rétablir la capacité d'envoi de la messagerie de 15 à 500 destinataires ;
- si pour des raisons purement techniques, ce rétablissement n'a pu être immédiat, l'anomalie est désormais résolue ;
- concernant les panneaux d'affichage et l'accès à intranet, ils répondent aux obligations prévues par les dispositions du décret n° 85-397 du 3 avril 1985 relatif à l'exercice du droit syndical dans la fonction publique territoriale ;
- aucune atteinte grave et manifestement illégales à l'exercice de la liberté syndicale et au principe de non-discrimination n'est démontrée ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Nicanor, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. B pour la collectivité territoriale de Guyane qui reprend les conclusions et moyens contenus dans le mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (). Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. Aux termes de l'article L. 113-1 du code général de la fonction publique : " Le droit syndical est garanti aux agents publics, qui peuvent librement créer des organisations syndicales, y adhérer et y exercer des mandats. / Le droit syndical s'exerce dans les conditions fixées au titre Ier du livre II. ".
Sur la demande d'injonction de mettre fin aux restrictions de l'usage de la messagerie électronique
3. S'il n'est pas contesté par la CTG que la messagerie interne du syndicat FO-CTG a été restreinte de 500 à 15 destinataires à compter du 16 novembre 2023, il ressort des pièces du dossier que l'adresse de ce syndicat devait être rétablie dans sa capacité d'envoi en juin 2024. Après avoir constaté le samedi 14 septembre 2024 que l'envoi groupé de courriels à plus de
15 destinataires restait bloqué, le syndicat FO-CTG demande au juge des référés d'enjoindre à la CTG de mettre fin à cette restriction du nombre de destinataires.
2. Si la CTG fait valoir que cette limitation a perduré pour des raisons purement techniques, elle produit, à l'appui de son mémoire en défense, un document attestant du rétablissement des envois groupés à compter du 18 septembre 2024 à 13 heures 36 minutes. Par suite, les mesures ainsi prises rendent sans objet le prononcé de l'injonction de mettre fin aux restrictions d'envoi groupé de courriels. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur la demande d'injonction de mettre en place des panneaux d'affichage sur tous les sites et de développer un intranet fonctionnel
3. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1 et L. 521-2 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte, dès lors qu'existe une situation d'urgence caractérisée justifiant le prononcé de mesures de sauvegarde à très bref délai. Ces mesures doivent, en principe, présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Le caractère manifestement illégal de l'atteinte doit s'apprécier notamment en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.
Sur l'urgence :
4. La circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés dans le très bref délai prévu par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Il appartient au requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative de justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. Il appartient au juge des référés d'apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant, comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière requise par l'article L. 521-2 est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre, mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration.
5. Pour justifier de la nécessité de bénéficier à très bref délai de moyens alternatifs à la messagerie et accessibles comme des panneaux d'affichage sur tous les sites ainsi que d'un intranet permettant le partage de contenus volumineux pour la diffusion des informations syndicales, le syndicat requérant fait valoir que la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que l'absence de ces dispositifs porte atteinte à l'exercice de l'activité syndicale.
6. Toutefois, comme il a été dit au point 2, l'accès à la messagerie a été rétabli avec la possibilité d'envois groupés à plus de quinze destinataires. En outre, il ressort des pièces du dossier que des panneaux d'affichage sont déjà mis à disposition de l'ensemble des organisations syndicales et que l'ensemble des agents de la CTG disposent d'un accès à l'intranet sur leur poste de travail ou sur des postes mutualisés.
7. Ainsi, et dans les circonstances de l'espèce, le syndicat FO-CTG ne justifie pas d'une situation particulière d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rendant nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures du juge des référés. Il suit de là que les conclusions du syndicat FO-CTG tendant à enjoindre à la CTG de mettre en place des panneaux d'affichage sur tous les sites et de développer un intranet fonctionnel permettant le partage de contenus volumineux ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête du syndicat Force Ouvrière de la collectivité territoriale de Guyane tendant à mettre fin aux restrictions de l'usage de la messagerie électronique.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat Force Ouvrière de la collectivité territoriale de Guyane et à la collectivité territoriale de Guyane.
Fait à Cayenne, le 19 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
E. A
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR