mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401294 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SEUBE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2024, Mme B C, représentée par
Me Seube, agissant également en qualité de représentante légale de ses deux filles mineures, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution d'une part, de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Guyane sur sa demande de titre de séjour et de voyage déposée le
22 juin 2023, d'autre part, de la la décision de refus de renouvellement de l'attestation de prolongation d'instruction opposée le 18 juillet 2024 ;
3°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de lui délivrer la carte de résident et le titre de voyage prévus par les articles L.424-1 et L.561-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, subsidiairement, de délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, dans l'attente de l'instruction de ses demandes.
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- l'urgence est caractérisée ; elle ne peut ni se rendre en métropole pour y bénéficier de soins médicaux appropriés, ni subvenir aux besoins de sa famille, ni bénéficier de prestations sociales, ses droits ayant été suspendus en l'absence de justificatif de la régularité de son séjour ;
- le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit d'asile, à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à son droit de bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé, puis à l'intérêt supérieur de ses enfants garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par une décision du 1er septembre 2024, le président du tribunal a désigné Mme Lacau, premier conseiller, pour statuer notamment sur les requêtes en référé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du
28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Lacau, les observations de Me Seube pour Mme C, celles de Mme C assistée de M. E interprète, puis celles de M. D pour le préfet de la Guyane.
La clôture de l'instruction, fixée au 24 septembre 2024 à l'issue de l'audience, a, sur le fondement de l'article R.522-8 du code de justice administrative, été reportée au lendemain à
10 heures.
Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés le 25 septembre 2024 à 7 heures 56 et 8 heures 06, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête en opposant l'absence d'urgence et l'absence d'atteinte à une liberté fondamentale.
Le 25 septembre 2024 à 9 heures 54, Mme C a présenté un mémoire, qui n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. En vertu de l'article L.521-2 du code de justice administrative, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle, notamment, une personne morale de droit public aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale.
2. Mme C, ressortissante syrienne, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié. par une décision rendue le 20 juin 2023 par la Cour Nationale du Droit d'Asile. Sur le fondement des dispositions citées au point précédent, elle demande au juge des référés de suspendre l'exécution, d'une part, de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Guyane sur sa demande de titre de séjour et de voyage déposée le 22 juin 2023, d'autre part, de la décision de refus de renouvellement de l'attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour qui lui aurait été opposée le 18 juillet 2024.
3. Il y a lieu, en l'espèce, sur le fondement des dispositions des articles 20 de la loi du
10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi, d'admettre provisoirement Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
4. En vertu du premier alinéa de l'article R.522-1 du code de justice administrative, la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L.521-1 du même code, mais sur la procédure particulière prévue par l'article L.521-2, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'extrême urgence rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.
5. La circonstance que le préfet n'ait délivré à l'intéressée ni la carte de résident de dix ans prévue par l'article L.424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de trois mois imparti par l'article R.424-1 du même code à compter de la reconnaissance de la qualité de réfugié, ni une nouvelle attestation de prolongation de l'instruction de sa demande lui permettant de justifier de la régularité de son séjour et d'exercer une activité professionnelle ne suffit pas à caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L.521-2 du code de justice administrative. En l'espèce, Mme C, dont l'attestation de prolongation d'instruction de sa demande est expirée depuis le 18 juillet 2024, soit depuis plus de deux mois, invoque l'impossibilité de se rendre en métropole pour y bénéficier de soins médicaux, de subvenir aux besoins de sa famille et de percevoir des prestations sociales. Toutefois, elle dispose d'un logement à Cayenne et n'établit pas qu'elle serait privée du bénéfice des aides sociales dès lors que selon les mentions " titre de séjour à fournir ou droit au séjour à justifier " de la pièce qu'elle produit, le droit au séjour peut en principe être justifié par d'autres éléments qu'un titre de séjour. Si elle produit deux certificats médicaux, l'un faisant état sans autres précisions " d'une pathologie pour laquelle l'offre de soins disponible en Guyane française ne semble pas adaptée " et de la nécessité d'une prise en charge à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre, l'autre mentionnant des douleurs pelviennes et des " méno-métrorragies ". ces pièces ne justifient pas d'une urgence médicale. La requérante n'apporte pas davantage de précisions sur sa situation personnelle, ses ressources, son patrimoine et ses conditions d'existence. Dans ces conditions, alors qu'elle est en mesure de justifier de son droit à se maintenir en France par la production de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, elle ne peut être regardée comme faisant état d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures.
6. Il en résulte que Mme C n'est pas fondée à demander la suspension de l'exécution des décisions en cause. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et en tout état de cause celles présentées sur le seul fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative, alors qu'elle bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire et n'allègue pas avoir personnellement exposé des frais de procès.
O R D O N N E
Article 1er : Mme C est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 25 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. A LACAU
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR