jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401328 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | MORAGA ROJEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Moraga Rojel, demande, sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative, au juge des référés :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 avril 2024 du préfet de la Guyane portant refus de renouvellement de son titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et dans l'attente de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
- le signataire de l'arrêté ne disposait pas d'une délégation de signature régulière ;
- l'arrêté litigieux est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour est entachée d'erreurs de fait, elle a été prise après une consultation du fichier " Traitement d'antécédents judiciaires " en violation des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 412-4, L. 432-1 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et, est entaché d'une erreur d'appréciation ; elle méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du CESEDA et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; par voie d'exception, la décision portant obligation de quitter le territoire français sera suspendue en raison de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par une décision du 20 septembre 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 30 septembre 2024 sous le numéro 2401327 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mercier, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Moraga Rojel, pour le requérant ;
- le préfet de la Guyane n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-1 du même code dispose que : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
Sur la demande de suspension :
2. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. M. B, de nationalité surinamaise, né en 2003, présent sur le territoire depuis 2006 selon ses déclarations, demande au juge des référés de suspendre l'exécution jusqu'à ce qu'il soit statué au fond de l'arrêté du
11 avril 2024, par lequel le préfet de la Guyane a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
3. D'une part, la condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'étranger. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.
4. M. B a obtenu une première carte de séjour d'une durée d'un an valable de janvier 2023 à janvier 2024 délivrée le 3 mai 2023. Le refus de titre de séjour place le requérant en situation irrégulière et le prive de la possibilité de poursuivre l'intégration entamée depuis son arrivée sur le territoire français avec l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle d'ébéniste en 2021 ainsi que des revenus tirés de son activité professionnelle. Ainsi, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code précité doit dans les circonstances particulières de l'espèce, être regardée comme remplie.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier en particulier des livrets scolaires produits que M. B doit être regardé comme justifiant résider en France depuis l'année 2010. Si, le préfet s'est fondé sur une consultation du fichier " traitement des antécédents judiciaires ", pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité, il résulte de l'instruction que cette décision défavorable a été prise sans la saisine préalable des services de la police nationale ou des unités de gendarmerie compétents aux fins d'information sur les suites judiciaires. En outre, il n'est pas contesté que le requérant n'a fait l'objet d'aucune condamnation et que son casier judiciaire est vierge. Par suite, les faits retenus qui ne sont à l'origine d'aucune condamnation, doivent être examinés au regard des éléments invoqués par le requérant âgé de 21 ans, à savoir la durée continue de son séjour en France depuis plus de 14 ans, l'obtention d'un diplôme permettant son intégration par le travail, son activité professionnelle et les liens de famille, à savoir son père en situation régulière sur le territoire français ainsi que deux frères de nationalité française.
6. Dans ces conditions, ces éléments sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du moyen tiré de l'erreur d'appréciation. Par suite, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal, du refus de délivrance de titre de séjour, prononcée à son encontre le 11 avril 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. La présente ordonnance implique, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de la Guyane procède à un nouvel examen de la situation administrative de M. B dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision, et qu'il le munisse sous quinze jours, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
8. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que
Me Moraga-Rojel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Moraga-Rojel de la somme de 1000 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : La décision portant refus de titre de séjour prise le 11 avril 2024 par le préfet de la Guyane à l'encontre de M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande au principal.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l'attente et sous quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Me Moraga-Rojel la somme de 1000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Moraga-Rojel renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au préfet de la Guyane et à Me Moraga-Rojel.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
E. A
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER