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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401344

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401344

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401344
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantMORAGA ROJEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2024, M. B A C, représenté par Me Moraga Rojel, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre et des décisions afférentes ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a été placé en centre de rétention administrative ;

- l'arrêté en litige porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est arrivé en France en 2020, qu'il vit en couple avec une ressortissante française avec laquelle il a eu un enfant né en 2022 qui a également la nationalité française ;

- l'arrêté en litige porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'il est père d'un enfant français ;

- en cas de renvoi dans son pays d'origine, préalablement à l'audience, il serait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours juridictionnel effectif en méconnaissance de l'article 13 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Guyane fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rolin pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rolin, juge des référés, en présence de Mme Prosper, greffière d'audience ;

- les observations de Me Moraga Rojel, représentant M. A C ;

- le préfet de la Guyane, n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

2. M. A C, ressortissant de République dominicaine, né en 2001, est entré sur le territoire, selon ses déclarations, en 2021. L'intéressé a fait l'objet, le

26 septembre 2024, d'une interpellation dans le cadre d'une vérification du droit de circulation ou de séjour. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Guyane l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a, d'autre part, placé en rétention administrative.

3. D'une part, l'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulières prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très brefs délais les mesures de sauvegarde nécessaires. En l'espèce, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de la mesure portant obligation de quitter le territoire français, est de nature à caractériser une situation d'urgence ouvrant au juge des référés le pouvoir de prononcer la suspension de cette décision.

4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A C est entré en France en 2021 et qu'il établit, par les pièces qu'il produit, de la continuité et de la stabilité de son séjour depuis lors aux côtés de sa compagne qui est de nationalité française avec laquelle il a eu un enfant né le 1er décembre 2022 également de nationalité française. Si le préfet de la Guyane soutient en défense que l'intéressé ne prouve pas la contribution à l'entretien et à l'éducation de leur enfant ni ne justifie de l'identité de sa compagne, l'intéressé produit les témoignages de sa mère qui bénéficie d'une carte de résidente et de sa sœur scolarisée à Cayenne en situation régulière qui attestent de sa présence auprès son jeune enfant, l'acte de naissance et la carte d'identité nationale de sa petite fille née le 1er décembre 2022, une attestation d'hébergement de sa compagne française, Mme D née le 28 août 1994 accompagnée de sa carte nationale d'identité française. Il en résulte, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la relation qu'il entretient avec sa compagne et mère de son enfant de nationalité française, ainsi qu'à la présence sur le territoire français de sa mère, de sa sœur, en situation régulière et de son frère de nationalité française que l'exécution de la mesure d'éloignement porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de M. A C au respect de sa vie privée et familiale. Par suite,

M. A C est fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué.

6. La présente ordonnance, qui se borne à suspendre les effets de la mesure d'éloignement, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des article L. 911-1 et

L. 911-2 du code de justice administrative. Les conclusions du requérant tendant au réexamen de sa situation ne peuvent, dès lors, être accueillies.

7. Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu d'admettre M. A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de condamner l'Etat, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à payer à son conseil, Me Moraga Rojel , la somme de 800 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 26 septembre 2024 du préfet de la Guyane est suspendue.

Article 3 : L'Etat versera à Me Moraga Rojel, sur le fondement des articles 37 de la loi du

10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, la somme de 800 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A C est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A C et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 4 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

E. ROLIN

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

S.PROSPER

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