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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401354

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401354

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401354
TypeOrdonnance
Avocat requérantMORAGA ROJEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2024, M. B D C, représenté par Me Moraga Rojel, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre et des décisions afférentes ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D C soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a été placé en centre de rétention administrative ;

- le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit de ne pas subir de traitement inhumain et dégradant protégé à l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dès lors que l'exécution de la décision d'éloignement vers le Brésil entraînerait des conséquences négatives pour le suivi médical de son addiction ;

- le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de mener une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est installé en France depuis près de 20 ans ;

- en cas de renvoi dans son pays d'origine avant la notification de l'ordonnance à intervenir, il serait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours juridictionnel effectif tel que protégé par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Prosper, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Moraga Rojel pour le requérant ;

- les observations de Le Calvez, pour le préfet de la Guyane.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu de l'article L.521-2 du code de justice administrative, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle, notamment, une personne morale de droit public aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale. Sur le fondement de ces dispositions, M. B D C, ressortissant brésilien, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 1er octobre 2024 et des décisions afférentes.

2. Il y a lieu, en l'espèce, sur le fondement des dispositions des articles 20 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi, d'admettre provisoirement M. B D C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Né le 2 février 1958, le requérant a été interpellé puis placé en garde à vue pour des faits d'agression sexuelle sur mineur de plus de quinze ans. S'il allègue résider en France depuis l'année 2004, il ne justifie ni de l'ancienneté, ni de la continuité de son séjour en se bornant à produire des pièces éparses de compte rendu d'hospitalisation de courte durée ou de radiographie au centre hospitalier de Cayenne. Il se déclare célibataire et père de trois enfants qui résident au Brésil. Si le requérant fait également valoir qu'il a des problèmes d'addiction à l'alcool et aux stupéfiants et qu'il est suivi au centre de soins, d'accompagnement et prévention en addictologie attaché au centre hospitalier de Cayenne, il ne justifie pas d'un suivi régulier. Dans les circonstances de l'affaire, d'une part, l'atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ne peut être regardée comme grave et manifestement illégale au sens des dispositions citées au point 1 de l'article L.521-2 du code de justice administrative, d'autre part, , l'exécution de l'arrêté contesté ne porte pas davantage atteinte aux stipulations de l'article 3 de la même convention. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que M. B D C n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté préfectoral du 1er octobre 2024. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et, en tout état de cause, celles présentées sur le seul fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D C, à la Cimade, au préfet de la Guyane et au Service territorial de police aux frontières.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

E. A

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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