lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401361 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | JOUNEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 03 octobre 2024, Mme C et M. D F A, représentés par Me Jouneaux, demandent sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au juge des référés :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de procéder à l'enregistrement de leur demande d'asile dans un délai de dix jours à compter de l'ordonnance à intervenir, et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration :
- de prendre toutes mesures utiles pour qu'ils puissent bénéficier des conditions matérielles d'accueil et du versement de l'allocation pour demandeur d'asile sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
- de proposer un hébergement pour eux et leurs enfants dans le délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
- à défaut, d'examiner leur situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme et M. A soutiennent que :
- la condition d'urgence est caractérisée dès lors, d'une part, qu'ils n'ont toujours pas pu enregistrer leur demande d'asile depuis leur entrée sur le territoire et, d'autre part, qu'ils vivent avec leurs enfants sur le site de la Verdure dont la situation sanitaire est alarmante ;
- le préfet de la Guyane et l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit ne pas subir de traitements inhumains et dégradants dès lors que, en ne procédant pas à l'enregistrement de leur demande d'asile, ils sont privés du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, les plaçant dans une situation de dénuement extrême ;
-M. A a été hospitalisé en urgence pour un accident cardiaque ; que le fait de rester dans ce camp aggrave son état de santé ;
Par un mémoire en intervention volontaire, enregistré le 3 octobre 2024, l'association " la Cimade " représentée par Me Jouneaux, demande au juge des référés d'admettre son intervention à l'appui de la requête en référé-liberté de Mme et M. A et de faire droit aux conclusions des requérants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'il n'est pas compétent pour prendre en charge les requérants qui ne disposent pas d'une attestation de demandeurs d'asile.
Par un mémoire en défense et un mémoire rectificatif en défense, enregistrés le
4 octobre 2024, le préfet de la Guyane demande le prononcé d'un non-lieu à statuer et au rejet des conclusions concernant les frais irrépétibles.
Il fait valoir que les requérants vont recevoir une convocation pour enregistrer leurs demandes d'asile le 9 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Prosper, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Jouneaux, pour les requérants ;
- les observations de M. E, pour le préfet de la Guyane.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur l'intervention volontaire de " la Cimade " :
1. La Cimade justifie, eu égard à son objet statutaire, d'un intérêt à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par les défendeurs. Par suite, son intervention doit être admise.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme A et de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le non-lieu à statuer :
4. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête () ".
5. Il résulte de l'instruction et des observations présentées par le représentant du préfet à l'audience que lors d'une réunion du 3 octobre 2024, il a été décidé d'un traitement prioritaire du dossier de la famille A en raison de l'état de santé de M. A. En conséquence, le rendez-vous initial prévu le 2 janvier 2025 pour enregistrer leur demande d'asile a été avancé au
9 octobre 2024. Par suite, la requête est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions à fin d'injonction à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne peut qu'être rejeté.
Sur les frais d'instance :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés en défense et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A et M. A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'intervention de " la Cimade " est admise.
Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A et M. A tendant à enjoindre d'enjoindre au préfet de la Guyane de procéder à l'enregistrement de leur demande d'asile dans un délai de dix jours à compter de l'ordonnance à intervenir, et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à M. D F A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au préfet de la Guyane et à la Cimade ".
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
E. B
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
S. PROSPER