jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401374 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | MORAGA ROJEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024, M. B C, représenté par Me Moraga-Rojel, demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures, au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un nouveau rendez-vous afin qu'il puisse déposer une nouvelle demande de titre de séjour " vie privée et familiale " et " parent d'enfant malade " ;
3°) d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard en application des articles L 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la n° 91-647 du 10 juillet 1991 et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il ne peut pas travailler et que l'état de santé de sa fille nécessite un suivi médical ;
- le préfet de la Guyane a porté une atteinte grave à une liberté fondamentale d'obtenir un contrat de travail durable et de pouvoir assurer à sa fille le suivi médical dont elle a besoin.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le préfet de la Guyane conclut d'une part, au non-lieu à statuer dès lors que les services de la préfecture ont enregistré sa demande de titre de séjour le 23 août 2024 ; d'autre part, au rejet du surplus des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative ; enfin, il précise que le récépissé ne comporte pas d'autorisation de travail dès lors que la demande du requérant n'entrait pas dans les critères de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).
Par une décision du 8 octobre 2024, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York
le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mercier, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Moraga-Rojel, pour le requérant, qui a demandé également au juge des référés :
1°) de suspendre la décision de refus d'autorisation de travail née de la délivrance d'un récépissé ne l'autorisant pas à travailler ;
2°) d'enjoindre au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du CESEDA ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, dans le délai de cinq jours à compter de la date de l'ordonnance à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre le réexamen de sa situation dans le délai de
cinq jours à compter de la date de l'ordonnance à intervenir ;
Me Moraga Rojel a précisé renoncer aux conclusions tendant à obtenir l'aide juridictionnelle dès lors qu'elle a été accordée postérieurement à l'introduction de la requête ainsi qu'aux conclusions tendant, d'une part, à enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un nouveau rendez-vous afin qu'il puisse déposer une nouvelle demande de titre de séjour " vie privée et familiale " et " parent d'enfant malade " et, tendant, d'autre part, à assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard en application des articles L 911-1 et
L. 911-2 du code de justice administrative.
- le préfet de la Guyane, n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
2. Il résulte de l'instruction que M. C né le 8 août 1988, de nationalité haïtienne a reçu une convocation l'invitant à se présenter en préfecture le 23 août 2024 pour l'enregistrement de sa première demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade et s'est vu délivrer un récépissé valable du 26 août 2024 au 25 février 2025 mais qui ne l'autorise pas à travailler.
3. Le préfet de la Guyane soutient que, dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction de lui délivrer un nouveau rendez vous afin qu'il puisse déposer une nouvelle demande de titre de séjour " vie privée et familiale-parent d'enfant malade " sont devenues sans objet et qu'il n'y a pas lieu d'y statuer. M. C, ayant lui-même renoncer à ses conclusions initiales en cours d'instance, à l'audience, ces dernières sont devenues sans objet et, il n'y pas lieu, en tout état de cause, d'y statuer.
4. D'une part, l'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulières prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très brefs délais les mesures de sauvegarde nécessaires. En l'espèce, la délivrance d'un récépissé ne comportant pas d'autorisation de travail alors que M. C produit une carte de salarié intérimaire dans le domaine des bâtiments et travaux publics valable du 7 mai 2024 au 7 mai 2029, et les bulletins de paye afférents et alors qu'il avait bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour en tant que parent accompagnant à deux reprises du 18 avril 2023 au 17 octobre 2023 et du
27 septembre 2023 au 24 mars 2023, est de nature à caractériser une situation d'urgence ouvrant au juge des référés le pouvoir de prononcer la suspension de cette décision.
5. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990, publiée par décret le 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale " ; qu'il résulte de ces stipulations, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Le requérant soutient sans être contesté qu'il est père d'un enfant souffrant d'une grave maladie respiratoire qui nécessite un suivi médical régulier. Par suite le refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, M. C est fondé à demander la suspension de la décision née de la délivrance du récépissé ne l'autorisant plus à travailler.
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".
9. La présente ordonnance implique, par application des dispositions de l'article
L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de la Guyane procède à un nouvel examen de la situation administrative de M. C dans un délai qu'il convient de fixer à
cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et qu'il le munisse sous cinq jours, en l'absence d'un changement dans la situation de droit ou de fait, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
10. M. C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que
Me Moraga-Rojel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Moraga-Rojel de la somme de 1000 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C demandant au préfet de la Guyane de lui délivrer un nouveau rendez-vous afin qu'il puisse déposer une nouvelle demande de titre de séjour " vie privée et familiale " et " parent d'enfant malade ".
Article 2 : La décision née de la délivrance du récépissé ne l'autorisant plus à travailler est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de réexaminer la situation de M. C dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, en l'absence d'un changement dans la situation de droit ou de fait et, sous cinq jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 4 : L'Etat versera à Me Moraga-Rojel la somme de 1000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Moraga-Rojel renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, au préfet de la Guyane et à Me Moraga-Rojel.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
E. A
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER