jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401416 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | PIALOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Pialou, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 19 août 2024 en ce qu'elle l'oblige à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et fixe le pays de destination, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente d'une nouvelle décision préfectorale, lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail sous huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie en l'absence de caractère suspensif du recours contre les obligations de quitter le territoire en Guyane ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;
- le signataire de l'arrêté litigieux ne justifie pas de sa compétence ;
- le refus de délivrance d'un titre de séjour est également entaché d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen particulier, viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ce qui prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français et la décision d fixant le pays de destination ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire viole aussi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision de renvoi fixant comme pays de destination son pays d'origine viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que son père a obtenu la protection subsidiaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il n'existe pas de doute sérieux concernant la légalité de l'arrêté attaqué
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 octobre 2024 sous le numéro 2401415 par laquelle
M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rolin pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Nicanor, greffière d'audience, Mme Rolin a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Jouneaux substituant Me Pialoux, pour le requérant ;
- le préfet de la Guyane n'étant pas représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant péruvien, né le 12 mai 2000 à Lima au Pérou est, selon ses déclarations, entré en France en 2021 à l'âge de 21 ans. Il a sollicité le
18 septembre 2023 un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 août 2024, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
En ce qui concerne l'urgence :
4. La condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Compte tenu du caractère non suspensif d'un recours pour excès de pouvoir contre l'obligation de quitter le territoire français prononcée en Guyane, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de cette mesure caractérise une situation d'urgence.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier, des certificats de scolarité et bulletins scolaires produits pour les années 2021 à 2024 que le requérant doit être regardé comme justifiant résider en France depuis l'année 2021 où il a rejoint avec sa mère, son père qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 23 juin 2011. Si, le préfet fait valoir qu'il est célibataire et sans enfant, et ne démontre pas avoir tissé des liens d'une intensité particulière en France, l'obtention du diplôme du brevet en juillet 2022 puis du baccalauréat technologique en 2024 suivie d'une inscription en première année de comptabilité et gestion au lycée Félix Eboué à Cayenne pour l'année 2024-2025 attestent de son assiduité dans ses études et de sa volonté d'intégration par le travail. En outre, il n'est pas contesté qu'il vit avec sa jeune sœur au domicile de ses parents qui se sont mariés à Cayenne en 2022. Enfin, son père qui ne peut retourner dans son pays d'origine en raison de du bénéfice de la protection subsidiaire s'est vu octroyer une carte de séjour pluriannuelle jusqu'en 2027.
6. Dans ces conditions, ces éléments sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal, du refus de délivrance de titre de séjour, prononcée à son encontre le
19 août 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. La présente ordonnance implique, par application des dispositions de l'article
L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de la Guyane procède à un nouvel examen de la situation administrative de M. A dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision, et qu'il le munisse sous quinze jours, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à payer à
M. A au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La décision portant refus de titre de séjour prise le 19 août 2024 par le préfet de la Guyane à l'encontre de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande au principal.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de réexaminer la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l'attente et sous quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
E. ROLIN
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR