vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401426 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CHARLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2024, M. A B représenté par Me Charlot, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet de la Guyane a ordonné la fermeture administrative de l'établissement " Le Palenque " pour une durée de trois mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer la situation de M. B et de son établissement dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;
3°) de décider que l'ordonnance sera exécutoire aussitôt qu'elle aura été rendue en application de l'article R.522-13 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que du fait de la fermeture administrative de son établissement dès le 10 août 2024, il n'a pu honorer le paiement de ses loyers des mois d'août et septembre ainsi que le règlement des dernières factures émises par ses fournisseurs et qu'il fait également l'objet d'une saisie-attribution, signifiée le 4 octobre 2024 en raison de ses difficultés financières ;
- la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'entreprendre et d'exercer une activité commerciale ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L.3332-15 du code de la santé publique dès lors que l'agression par balle qui a eu lieu au sein de l'établissement s'est produite 9 juin 2024 et, qu'ainsi la menace à l'ordre public n'était plus actuelle à la date d'édiction de l'arrêté ;
- du fait d'une incompréhension, M. B a déjà fermé son établissement pour une durée de deux mois à compter du 10 août 2024 ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la seule arme retrouvée au sein de l'établissement ne justifie pas une fermeture du restaurant pour une durée de trois mois.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle se fonde à la fois sur l'article L.521-1 et sur l'article L.521-2 du code de justice administrative, que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 18 octobre 2024 à 9 heures, en présence de Mme Pauillac, greffière, M. Guiserix a donné lecture de son rapport et entendu les observations de Me Charlot pour M. B et de M. C pour le préfet de la Guyane
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. L'établissement de restauration exploité par M. A B à Cayenne sous l'enseigne " Le Palenque " a fait l'objet d'une fermeture administrative pour une durée de trois mois par un arrêté du préfet de la Guyane du 20 septembre 2024, notifié le 27 septembre suivant, pris sur le fondement de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Par la présente requête, introduite le 16 octobre 2024, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette mesure de fermeture administrative et sollicite le réexamen de sa situation.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale " ;
3. La mise en œuvre des dispositions de l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative est subordonnée à la réunion de quatre conditions distinctes relatives respectivement, à l'urgence, à une atteinte à une liberté fondamentale, au caractère manifestement illégal de cette atteinte, et enfin à sa gravité.
4. Aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'État dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements () / 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'État dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois () / 3. Lorsque la fermeture est motivée par des actes criminels ou délictueux prévus par les dispositions pénales en vigueur, à l'exception des infractions visées au 1, la fermeture peut être prononcée pour six mois. Dans ce cas, la fermeture entraîne l'annulation du permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1. / 4. Les crimes et délits ou les atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 et au 3 doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation. 5 Les mesures prises en application du présent article sont soumises aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration ".
5. Les mesures de fermeture de débits de boisson et restaurants ordonnées par le préfet sur le fondement des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ont toujours pour objet de prévenir la continuation ou le retour de désordres liés au fonctionnement de l'établissement, indépendamment de toute responsabilité de l'exploitant. Qu'elles soient fondées sur les dispositions du 1, du 2 ou du 3 de cet article, de telles mesures ne constituent pas des sanctions présentant le caractère de punitions mais des mesures de police administrative.
6. Il appartient aux autorités de l'Etat d'assurer la préservation de l'ordre public et sa conciliation avec les libertés fondamentales, notamment, s'agissant des mesures en cause dans la présente instance, avec la liberté du commerce et de l'industrie.
7. Pour prononcer la fermeture administrative du restaurant " Le Palenque " pour une durée de trois mois, le préfet a relevé dans l'arrêté contesté que, selon un rapport de police du 15 juillet 2024, celle-ci a été requise pour un blessé par balle à proximité immédiate de l'établissement le 9 juin à 1h 50, que le gérant a laissé ouvert son établissement et n'a pas prévenu les secours. Par ailleurs, il a été notamment trouvé un pistolet automatique de calibre 9 mm, avec son chargeur garni de 15 cartouches, détenu par le requérant dans l'établissement et ce, sans autorisation. Il a estimé que ces faits, dans leur ensemble, constituaient des actes délictueux ou criminels ainsi que des atteintes graves à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques en relation avec les conditions d'exploitation et la fréquentation du restaurant " Le Palenque ".
8. Le requérant soutient notamment que la décision méconnait les dispositions de l'article L.3332-15 du code de la santé publique dès lors que l'agression par balle qui a eu lieu au sein de l'établissement s'est produite 9 juin 2024 et, qu'ainsi, la menace à l'ordre public n'est plus actuelle à la date d'édiction de l'arrêté et que la durée de trois mois de fermeture est manifestement disproportionnée dès lors que la seule arme retrouvée au sein de l'établissement ne justifie pas une fermeture du restaurant pour une telle durée.
9. Toutefois, les faits relatés par le rapport, constitutifs de tentative d'homicide et de port d'armes illégal sont respectivement réprimés par les articles 221-1 et 222-54 du code pénal. Au regard des événements survenus dans l'établissement au cours de la soirée du 9 juin 2024, la condition de légalité de la mesure, posée par le 3, tenant à ce que les faits qui servent de fondement à la décision constituent une infraction pénale apparaît satisfaite en l'état de l'instruction.
10. Eu égard à leur particulière gravité, les faits relatés qui révèlent que des armes à feu sont présentes et même introduites librement pendant les heures d'ouverture du restaurant " Le Palenque ", caractérisent une atteinte à l'ordre public en relation avec la fréquentation et les conditions d'exploitation de l'établissement de nature à justifier le prononcé d'une mesure de fermeture sur le fondement de l'article L. 3332-15. L'existence d'une atteinte à l'ordre public devant être appréciée objectivement, la condition posée par l'article L. 3332-15 pour les fermetures prévues au 2 et au 3, tenant à ce qu'elle soit en relation avec la fréquentation de l'établissement peut être regardée comme remplie, même indépendamment du comportement du responsable de l'établissement.
11. Il n'apparaît pas, en l'état de l'instruction et compte tenu des faits particulièrement graves survenus dans l'enceinte du restaurant " Le Palenque ", qu'une durée de fermeture de trois mois, au demeurant inférieure de moitié à la durée fixée au 3 de l'article L. 3332-15, ne serait pas proportionnée avec le but poursuivi par cette mesure de police, à savoir de prévenir la répétition de désordres liés au fonctionnement de l'établissement. La circonstance qu'à la suite de la réception d'un courrier du 6 août 2024, notifié le 9 août suivant, l'intéressé a décidé de lui-même de fermer son établissement pour une durée de deux mois, est sans incidence sur la solution du litige.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer ni sur la recevabilité de la requête, ni sur la condition d'urgence, que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en l'espèce, le préfet de la Guyane a porté à la liberté du commerce et de l'industrie une atteinte manifestement illégale au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en fixant à trois mois la durée de fermeture de son établissement.
Sur les frais exposés en cours d'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance de référé, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au préfet de la Guyane.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
O. GUISERIX
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. PAUILLAC