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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401428

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401428

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401428
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantCHARLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024, M. B A, représenté par Mme la bâtonnière Charlot, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de lui renouveler sa carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de

15 jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation administrative dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, en raison de :

- l'insuffisance de sa motivation ;

-la méconnaissance des dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas caractérisé la gravité de la menace qu'il représenterait pour l'ordre public ;

-la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, l'intéressé résidant notamment en France depuis plus de 38 ans dont 30 ans sous couvert d'une carte de résident ;

- enfin, la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2401185 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Delmestre-Galpe, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Jouneaux, pour le requérant ;

- les observations de M. D, pour le préfet de la Guyane

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

2. L'urgence à suspendre une décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour doit, en principe, être reconnue.

3. En l'espèce, M. A, qui était titulaire d'une carte de résident 10 ans, en avait demandé le renouvellement. La condition tenant à l'urgence est donc satisfaite.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

4. Aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'absence de menace grave pour l'ordre public, de l'établissement de la résidence habituelle de l'étranger en France et des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit ". Aux termes de l'article L. 432-3 du même code : " () Le renouvellement de la carte de résident peut être refusé à tout étranger lorsque : 1° Sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public ; () "

5. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de refus de renouvellement de carte de résident et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public.

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet qui n'a pas caractérisé la gravité de la menace que M. A représenterait pour l'ordre public est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 1er juillet 2024.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à obtenir la suspension de l'exécution de l'arrêté du 1er juillet 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. La suspension de l'exécution de la décision du 1er juillet 2024 portant refus de renouvellement de la carte de résident, implique que le préfet de la Guyane délivre à M. A, dans l'attente du jugement de la requête au fond, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais d'instance :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à M. A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 1er juillet 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 8 novembre 2024

Le juge des référés,

Signé

O. C

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

R.DELMESTRE GALPE

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