vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401431 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | JOUNEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Jouneaux, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre sans délai l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet et les décisions afférentes ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors que son placement en centre de rétention administrative implique que la décision d'éloignement dont il fait l'objet puisse être exécutée à tout moment ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est entré sur le territoire en 1998, qu'il a quatre enfants sur le territoire dont un a perdu la vie et un second est placé à l'aide sociale à l'enfance au Mans et qu'il rencontre par le biais d'appel en visioconférence.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Pauillac, greffière d'audience, M. Guiserix a lu son rapport et entendu :
- les observations du requérant, présent à l'audience ;
- le préfet n'étant ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guyanien né en 1984, est entré sur le territoire, d'après ses déclarations, en 1998, à l'âge de 12 ans. Le 4 octobre 2024, l'intéressé a fait l'objet d'un contrôle d'identité lors duquel il n'a pu justifier de la régularité de son séjour sur le territoire. Par un arrêté du 5 octobre 2024, le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une obligation de de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine, ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 10 ans.
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
4. Pour obtenir qu'il soit fait droit à ses conclusions, M. B se prévaut de son entrée en France en 2012, de l'absence de famille au Guyana, de la présence de ses trois enfants sur le territoire, ainsi que du placement de l'un à l'aide sociale à l'enfance qu'il contacte régulièrement par le biais d'appel en visioconférence.
5. Toutefois, M. B, célibataire, père de trois enfants vivant dans l'Hexagone, ne justifie pas par les pièces qu'il produit de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec ses enfants. En outre, le requérant qui a fait l'objet d'une première décision d'éloignement et qui n'établit pas avoir demandé la régularisation de sa situation, ne produit aucun élément permettant d'établir une intégration dans le tissu économique et social français.
6. Dans les circonstances de l'affaire et au regard de ses antécédents judiciaires, l'arrêté en litige ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la CIMADE, au préfet de la Guyane et au Service territorial de police aux frontières.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
O. GUISERIX
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. PAUILLAC