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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401469

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401469

samedi 26 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401469
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantPIGNEIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2024, M. A D B, représenté par Me Pigneira, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sans délai, l'exécution de l'arrêté du 23 octobre 2024 par lequel le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

3°) en cas d'éloignement préalable à l'audience, d'enjoindre au préfet de la Guyane d'organiser son retour sur le territoire français ;

4°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans possibilité de former un recours pour excès de pouvoir ayant un caractère suspensif ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale aux droits protégés par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'il est arrivé en Guyane en 2001 avec une autorisation de travail, qu'il vit depuis plus de vingt ans avec une compatriote en situation régulière, qu'il a sollicité un titre de séjour et que sa fille est née en France et est scolarisée ;

- en cas de renvoi dans son pays d'origine avant la notification de l'ordonnance à intervenir, il serait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours juridictionnel effectif tel que protégé par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence est présumée mais que l'arrêté en litige ne porte pas d'atteinte grave et manifestement illégale à une quelconque liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Gillmann, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique, tenue le 26 octobre 2024 à 10 heures 00, en présence de Mme Nicanor, greffière d'audience :

- le rapport de M. Gillmann, juge des référés ;

- les observations de Me Pigneira, représentant M. B qui a conclu aux mêmes fins que la requête ;

- et les observations de M. B.

Le préfet de la Guyane n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant brésilien né en 1975, serait entré en France en dernier lieu et selon ses déclarations, en 2001. L'intéressé a fait l'objet, le 22 octobre 2024, d'une interpellation dans la cadre d'une garde à vue pour transport d'une arme à feu de catégorie C immédiatement utilisable et détention sans déclaration d'arme, munitions ou de leurs éléments de catégorie C. Par deux arrêtés du 23 octobre 2024, le préfet de la Guyane l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans et l'a, d'autre part, placé en rétention administrative. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du

23 octobre 2024 par lequel le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de

M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".

4. En premier lieu, eu égard au placement en rétention de M. B, à l'imminence de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et à l'absence de voie de recours ayant un caractère suspensif, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce, le requérant soutient vivre en France depuis sa dernière entrée sur le territoire en 2001, à l'âge de vingt-six ans et justifie avoir bénéficié d'un contrat de travail pour travailleur étranger non agricole signé le 13 juillet 2001 afin d'exercer la profession de mineur. S'il résulte de l'instruction que l'intéressé a été éloigné une première fois en 2005 vers le Brésil, le préfet de la Guyane ne conteste pas sérieusement la stabilité ni la continuité de son séjour en Guyane depuis lors. Le défendeur fait valoir que le requérant ne justifie pas de sa contribution à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. B vit avec au moins deux de ses enfants mineurs à C et qu'une de ses filles est née à Cayenne en Guyane en 2018 et est scolarisée en grande section de maternelle. L'intéressé justifie également vivre en concubinage depuis le 20 février 2005 avec la mère de ses enfants qui est titulaire, à la date de l'arrêté en litige, d'un récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 23 novembre 2024. Par ailleurs, le requérant qui établit avoir entrepris des démarches afin de régulariser son droit au séjour au mois de décembre 2023, justifie de sa volonté de travailler en Guyane en tant qu'ouvrier polyvalent et indique exercer actuellement la profession de charpentier. Enfin, M. B a été interpellé le 23 octobre 2023 en possession d'un fusil de catégorie C non déclaré après avoir pêché et chassé sur le fleuve Mahury. Toutefois, le préfet de la Guyane ne fait état d'aucune poursuite pénale et n'établit pas que son comportement constituerait un trouble à l'ordre public, ni qu'il serait connu défavorablement des services de police. Il en résulte, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la relation qu'il entretient avec sa compagne et mère de deux de ses enfants mineurs, ainsi qu'à la durée de sa présence sur le territoire français, alors même qu'il aurait un fils majeur résidant au Brésil et ses frères et sœurs, que l'exécution de la mesure d'éloignement porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, M. B est fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de l'arrêté du 23 octobre 2024 du préfet de la Guyane doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente ordonnance, qui se borne à suspendre les effets de la mesure d'éloignement, n'implique aucune mesure exécution au sens des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative et notamment que le préfet de la Guyane réexamine la situation de M. B. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Pigneira, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à

Me Pigneira d'une somme de 700 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 23 octobre 2024 est suspendue.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Pigneira renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Pigneira, avocat de M. B, une somme de 700 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D B et au préfet de la Guyane.

Copie sera adressée pour information au directeur de la police aux frontières de la Guyane et à l'association " La Cimade ".

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 26 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

J. GILLMANN

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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