vendredi 15 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401477 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | GABOUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2024, l'Hôpital privé Saint Gabriel, représenté par Me GABOUR LUIZA, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision n°50 du directeur général de l'Agence régionale de santé de Guyane du 27 août 2024 portant refus d'autorisation d'exploiter l'équipement matériel lourd de radiologie diagnostique par l'établissement SAS Hôpital privé Saint-Gabriel, sur le site de l'Hôpital, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'Agence régionale de santé de la Guyane une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante fait valoir que :
- La condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée préjudicie de manière imminente et grave tant à sa situation qu'à un intérêt public dès lors notamment que l'offre de radiologie s'en trouve dégradée sur l'ensemble de la Guyane ;
- Il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- En ce qui concerne la prétendue compatibilité partielle du projet avec les objectifs du SRS :
- En considérant que son projet contreviendrait à un objectif non mentionné dans le schéma régional de santé visant à déterminer les spécialités radiologiques qu'elle compte développer, A de Guyane a commis une erreur de droit ;
- En considérant que son projet contreviendrait à l'objectif du schéma régional de santé visant à identifier sa participation à la permanence des soins en radiologie, A de Guyane a commis une erreur d'appréciation et une erreur de fait ;
- En considérant que son projet serait incompatible avec l'objectif du schéma régional de santé visant à évaluer l'inscription du projet dans l'offre de soins territoriale et sa contribution à celle-ci, A a commis une erreur d'appréciation ;
- En ce qui concerne la prétendue méconnaissance des conditions techniques de fonctionnement :
- A a commis une erreur de fait en considérant que son projet contreviendrait à la condition technique de fonctionnement visant à préciser l'emplacement exact des équipements au sein des locaux ;
- A a également commis une erreur de fait s'agissant des conditions de prise en charge des enfants ;
- Enfin, A a commis une erreur de droit et de fait en considérant que son projet contreviendrait à la condition technique de fonctionnement visant à préciser les modalités de recours à la télé-radiologie, les plannings et les protocoles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, l'Agence régionale de santé de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- La condition d'urgence n'est pas remplie ;
- Aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 25 octobre 2024 sous le numéro 2401476 par laquelle l'Hôpital privé Saint-Gabriel demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Pauillac, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Beranger, pour le requérant,
- et celles de M. B pour l'agence régionale de santé de la Guyane.
La clôture de l'instruction a été différée au jeudi 14 novembre 2024 à 12h00.
Des pièces présentées par l'Hôpital privé Saint-Gabriel ont été enregistrées le 14 novembre 2024 à 11h47 et n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. Il résulte des dispositions citées au point 1 que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. En l'espèce, l'Hôpital privé Saint-Gabriel fait valoir que la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée préjudicie de manière imminente et grave tant à sa situation qu'à un intérêt public dès lors notamment que l'offre de radiologie s'en trouve dégradée sur l'ensemble de la Guyane. Toutefois, le requérant procède par simple affirmation, sans apporter d'éléments tangibles, pour soutenir que la décision en litige préjudicie à un intérêt public en portant notamment atteinte à la sécurité et à la continuité des soins des patients non seulement de l'Hôpital, mais également du Centre hospitalier de Cayenne et, de façon plus générale, en dégradant l'offre de radiologie en ayant recours à la télé-radiologie, alors que A relève que le nombre d'appareils d'imagerie autorisés n'a pas diminué et que la télé-radiologie permet de contribuer à la continuité et à la permanence des soins dans un contexte de pénurie de professionnels de santé. S'agissant des conséquences de la décision litigieuse sur sa situation, le requérant ne justifie pas que les conséquences financières qu'il chiffre à 1,5 million d'euros serait la conséquence directe de la décision attaquée alors que l'Hôpital qui a indiqué le 4 mars 2024 avoir installé un nouvel appareil de scanner n'a transmis ni demande de remplacement de son équipement auprès de A, ni déposé de demande d'enregistrement auprès de l'ASN, entrainant la suspension de la facturation des actes d'imagerie réalisés par cet équipement à compter du 4 mars 2024 par la CGSS. Dans ces conditions, les arguments développés par le requérant ne sont pas de nature, en l'état de l'instruction, à révéler l'existence d'une situation d'urgence justifiant que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, il y a lieu de rejeter la requête de l'Hôpital privé Saint-Gabriel en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de l'Hôpital privé Saint-Gabriel est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'Hôpital privé Saint-Gabriel et à l'Agence régionale de santé de la Guyane.
Fait à Cayenne, le 15 novembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
O. C
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
M-Y. METELLUS