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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401481

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401481

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401481
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantRIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2024, Mme C, représentée par Me Rivière, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 ;

2°) de suspendre l'obligation de quitter le territoire dont elle fait l'objet et les décisions afférentes ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est placée en centre de rétention administrative et que la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet peut être exécutée à tout moment sans possibilité de former un recours pour excès de pouvoir ayant un caractère suspensif ;

- le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit constitutionnel d'asile, qui est une liberté fondamentale au sens de la jurisprudence du Conseil d'Etat, notamment le droit de solliciter l'asile, ainsi qu'au droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants garanti par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle a formé une demande de réexamen et bénéficie donc du droit au maintien sur le territoire jusqu'à ce que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides statue sur sa demande ;

- en cas de renvoi dans son pays d'origine avant la notification de l'ordonnance à intervenir, il serait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours juridictionnel effectif tel que protégé par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2024, le préfet de la Guyane conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que, par un arrêté du 29 octobre 2024, il a procédé à l'abrogation des arrêtés du 25 octobre 2024 portant obligation de quitter le territoire français et placement en centre de rétention administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention de Genève relative au statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Metellus, greffière d'audience, M. Guiserix a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Rivière, pour le requérant ;

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante dominicaine née en 1987, est, d'après ses déclarations, entrée sur le territoire en 2022. Mme A, déboutée du droit d'asile le 14 mai 2024, a demandé par un courrier du 22 mai 2024 le réexamen de sa demande d'asile qui a donné lieu, le 15 octobre 2024, à la délivrance d'une convocation pour l'enregistrement de sa demande le 6 novembre 2025. Le 25 octobre 2024, Mme A a fait l'objet d'un contrôle du droit au séjour à la suite duquel le préfet de la Guyane a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans, ainsi qu'un arrêté portant placement en centre de rétention administrative.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Il résulte de l'instruction que, après l'introduction de la présente requête, le préfet de la Guyane a, par un arrêté du 29 octobre 2024, procédé au retrait des arrêtés litigieux portant obligation de quitter le territoire français et placement en centre de rétention administrative du 25 octobre 2024. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire et les mesures afférentes étant devenues sans objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

4. La présente ordonnance, qui se borne à constater un non-lieu à statuer sur la demande de suspension, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent, dès lors, être accueillies.

5. Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de condamner l'Etat, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à payer à son conseil, Me Rivière, la somme de 700 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français pris à son encontre le 25 octobre 2024 par le préfet de la Guyane.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rivière, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 700 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, à la CIMADE, au préfet de la Guyane et au Service territorial de police aux frontières.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. GUISERIX

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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