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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401530

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401530

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401530
TypeOrdonnance
Avocat requérantROZENBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2024, M. A D, représenté par Me Pepin Juliette, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 30 octobre 2024 par lequel le préfet de la Guyane a fixé Haïti comme pays à destination de sa reconduite à la frontière ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient, d'une part, que l'urgence est caractérisée par son placement en rétention et l'imminence de l'exécution de la mesure d'éloignement prévue le 24 novembre, d'autre part, que le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale à ses droits garantis par les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénal, notamment son article 131-30 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Pauillac, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :

- Me Pépin pour le requérant, qui demande, en outre, l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

- M. C pour le préfet de la Guyane ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience

Considérant ce qui suit :

1. En vertu de l'article L.521-2 du code de justice administrative, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle, notamment, une personne morale de droit public aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale.

2. M. D, ressortissant haïtien placé en rétention administrative le 2 novembre 2024 2024, a été condamné, le 3 novembre 2023, par le tribunal correctionnel de Cayenne à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée, assortie d'une peine complémentaire d'interdiction du territoire d'une durée de dix ans. Sur le fondement des dispositions précitées de l'article L.521-2 du code de justice administrative, il demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 30 octobre 2024 par lequel le préfet de la Guyane a fixé Haïti comme pays de destination de sa reconduite en exécution de l'interdiction judiciaire.

3. D'une part, en vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L.641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'interdiction du territoire français " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière ", le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement.

4. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger obligé de quitter le territoire de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Le préfet de la Guyane, dont le représentant reconnait à la barre l'opérance du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qui se borne à faire état de la décision négative du 8 novembre 2024 de l'OFPRA en raison de la menace à l'ordre public, ne conteste pas sérieusement que la situation que connaît actuellement Haïti, se caractérise par un climat de violence généralisé se traduisant notamment par des affrontements opposant des groupes criminels armés entre eux et ces groupes à la police haïtienne et que cette violence atteint, à Port-au-Prince ainsi que dans d'autres départements, un niveau d'une intensité exceptionnelle, entraînant un grand nombre de victimes civiles. Dans ces conditions, l'arrêté du 30 octobre 2024 fixant Haïti comme pays de destination, porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de M. D de ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de l'arrêté du 30 octobre 2024 du préfet de la Guyane fixant Haïti comme pays de destination, doit être suspendue.

7. Il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Pépin, avocat de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pépin d'une somme de 700 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 30 octobre 2024 fixant Haïti comme pays de destination est suspendue

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Pépin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Pépin, avocat de M. D, une somme de 700 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D et au préfet de la Guyane.

Copie sera adressée pour information au directeur de la police aux frontières de la Guyane et à l'association " La Cimade ".

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 12 novembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. B

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. PAUILLAC

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