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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401539

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401539

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401539
TypeDécision
Avocat requérantBALIMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 novembre 2024 et le 23 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Balima, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, au juge des référés :

1°) d'ordonner la suspension de la décision du 10 avril 2024 du préfet de la Guyane portant retrait de son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un nouveau titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail durant cet examen et jusqu'à la prise d'une nouvelle décision en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la n° 91-647 du 10 juillet 1991 de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté le place dans une situation irrégulière et que son éloignement peut être mis en exécution à tout moment ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;

- la signataire de l'arrêté litigieux ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de fait et de défaut de base légale ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur de qualification juridique des faits ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnait les articles 3 de la CEDH et 3-1 de la CIDE.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 9 novembre 2024 sous le numéro 2401538 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mercier, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations de M. D, M. A n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-1 du même code dispose que : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

2. M. A, ressortissant haïtien né en 1995 à Delmas (Haïti), est, selon ses déclarations, entré en France en septembre 2016. Il a obtenu une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 11 septembre 2024. Par un arrêté du 10 avril 2024, le préfet de la Guyane a retiré le titre de séjour de M. A. Par la présente requête, ce dernier demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté.

3. Aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'un placement en garde à vue et d'une comparution immédiate, la juridiction pénale a reconnu M. A coupable d'avoir commis le 19 février 2024 des faits de violences volontaires ayant entraîné une incapacité temporaire de travail de 30 jours. Il ressort des mentions du rapport de la police nationale joint au dossier qu'à la suite d'un différend routier, M. A a agressé la victime avec un couteau et lui a porté un coup au bras. Si dans son mémoire en réplique, M. A relève l'absence de production du jugement correctionnel, il n'apporte aucun élément de nature à mettre en doute le rapport de la police nationale indiquant que la juridiction pénale a retenu la culpabilité de l'intéressé concernant les faits reprochés. Alors que l'intéressé était déjà connu des services de police pour des faits commis en 2021 de conduite sans permis, ni assurance et en état d'ébriété, et eu égard à la gravité des faits commis en 2024 et à leur caractère récent, le préfet n'a pas inexactement appliqué les dispositions de l'article L. 432-4 précité en estimant que le comportement de M. A constituait une menace pour l'ordre public.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que si M. A produit de nombreuses pièces à l'appui de ses conclusions, celles-ci, datant pour l'essentiel des années 2020-2021, voire postérieure à la décision telle l'attestation de concubinage, ne permettent pas d'établir son insertion professionnelle, la réalité à la date de la décision attaquée du concubinage allégué, ni l'entretien et l'éducation de l'enfant né en 2020. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, la décision portant retrait de son titre de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale au regard de la menace pour l'ordre public que son comportement représente.

6. Aucun autre moyen susvisé n'étant susceptible de faire naître un doute sérieux, il apparaît dès lors que la demande est mal fondée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A, au préfet de la Guyane et à Me Balima.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. C

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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