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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2401555

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2401555

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2401555
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 novembre 2024, M. C B, représenté par

Me Gay, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 6 septembre 2024 le rayant des cadres pour abandon de poste, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Cayenne de le réintégrer en sa qualité de cadre sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cayenne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie ; qu'après avoir travaillé au sein du centre hospitalier de Cayenne, il ne dispose plus d'aucune ressource ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée en raison du non-respect de la procédure de licenciement pour abandon de poste ;

- les faits reprochés ne justifient en rien la procédure pour abandon de poste.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2024, le centre hospitalier de Cayenne représenté par Me Magnaval conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de

M. B de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'urgence ne pourra être retenue et qu'il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 novembre 2024 sous le n° 2401554 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique. ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mercier, greffier d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Gay, représentant M. B ;

- et les observations de Me Leguet représentant le Centre hospitalier Andrée Rosemon.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision du 6 septembre 2024 par laquelle le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Cayenne a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste à compter du

6 septembre 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

4. La décision litigieuse a pour effet de priver M. B de son emploi et de tout revenu. Elle place le requérant dans une situation difficile compte tenu de ses charges. Le centre hospitalier de Cayenne n'invoque, de son côté, aucun intérêt public susceptible de faire obstacle à la suspension demandée Ainsi, la condition d'urgence énoncée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

5. Une mesure de radiation de cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation de cadres sans procédure disciplinaire préalable.

6. Pour prononcer la mesure contestée de radiation des cadres pour abandon de poste, le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Cayenne a estimé que malgré une mise en demeure en date du 29 août 2024, M. B n'avait pas procédé à la régularisation de sa situation administrative dans un délai de huit jours ni repris immédiatement ses fonctions et, ainsi avait entendu abandonner son poste en rompant de sa propre initiative le lien l'unissant au service. Toutefois, il résulte de l'instruction que le courrier valant mise en demeure visé dans la décision litigieuse n'a pu être distribué le 31 août 2024 et, a été conservé par les services de la Poste quinze jours pour être remis à son destinataire avant d'être retourné au service expéditeur, le 18 septembre 2024. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la mesure en litige qui, d'une part, a été prise, avant l'expiration du délai de quinze jours dont disposait l'intéressé pour retirer au bureau de poste le pli contenant la mise en demeure et, d'autre part, ne peut être regardée dans les termes où elle est rédigée comme informant son destinataire que la radiation des cadres sera prononcée sans procédure disciplinaire préalable.

7. Il résulte de ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête en annulation par le juge du fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au caractère provisoire des mesures qui peuvent être prononcées en référé, la suspension de l'exécution de la décision de radiation des cadres litigieuse implique seulement la réintégration à titre provisoire de M. B, jusqu'à l'intervention du jugement au fond. Ainsi, il y a lieu d'enjoindre au centre hospitalier de Cayenne de procéder à cette réintégration à titre provisoire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Cayenne une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacles à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 6 septembre 2024 du centre hospitalier de Cayenne radiant des cadres M. B pour abandon de poste est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Cayenne de procéder à la réintégration, à titre provisoire, de M. B dans un délai de quinze à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le centre hospitalier de Cayenne versera une somme de 1 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des concluions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au Centre hospitalier de Cayenne.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

E. A

La République mande et ordonne au ministre de la santé et l'accès aux soins en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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