vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401601 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BALIMA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 novembre 2024, Mme C A E, représentée par Me Balima, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, au juge des référés :
1°) de suspendre en toutes ses dispositions l'arrêté du 16 juin 2024 du préfet de la Guyane portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail durant cet examen et jusqu'à la prise d'une nouvelle décision ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 au profit de Me Balima.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, compte tenu de l'imminence de son éloignement ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;
- le signataire de l'arrêté litigieux ne justifie pas de sa compétence ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire sont insuffisamment motivées ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de droit dès lors que les faits ayant motivé l'obligation de quitter le territoire ne correspondent pas à sa situation ; qu'elle est mère de trois enfants dont deux sont nés sur le territoire ; qu'elle justifie d'une présence stable et continue sur le territoire français depuis 2017 et de la présence de nombreux membres de sa famille ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions des articles 3-1, 9-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le préambule de la Constitution.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 décembre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par une décision du 19 septembre 2024, Mme A E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 18 novembre 2024 sous le numéro 2401595 par laquelle Mme A E demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Delmestre-Galpe, greffière d'audience, M. D a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E, ressortissante dominicaine née en 1994, est entrée sur le territoire en 2017, à l'âge de 23 ans. Interpellée et placée en garde à vue dans le cadre d'une enquête de flagrance pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité, ainsi que pour rébellion et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, l'intéressée fait l'objet d'un arrêté du 16 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et l'interdisant de séjour sur le territoire pour une durée de cinq ans. Par la présente requête, elle demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Mme A E fait notamment valoir être mère de trois enfants dont deux sont nés sur le territoire, la présence de membres de sa famille et qu'elle est présente de façon continue sur le territoire depuis 2017.
4. Toutefois, il y a lieu de relever, outre l'existence de la délégation accordée à Mme B et une motivation suffisante de l'arrêté en toutes ses décisions, que les éléments relatifs à la vie privée et familiale dont se prévaut Mme A E sont en l'espèce insuffisants dès lors que son mari est seulement titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour et qu'elle ne justifie d'aucun lien particulier avec les membres de sa famille, ni n'établit la régularité de leur séjour. Par ailleurs, si la requérante fait valoir être la mère de trois enfants dont deux sont nés sur le territoire, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine. Dès lors, ces éléments ne permettent pas de caractériser l'existence d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable sur le territoire français. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en cause.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, que la requête de Mme A E ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1 : La requête de Mme A E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A E et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
O. D
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
R. DELMESTRE GALPE