mardi 24 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401705 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | PIALOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Pialou, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de la décision du 27 mai 2024 du préfet de la Guyane portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant cinq ans, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre le préfet de la Guyane de lui délivrer, sous huit jours, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991, au profit de Me Pialou.
Le requérant soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la mesure d'éloignement peut être mise en œuvre à tout moment ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;
- le signataire de l'arrêté litigieux ne justifie pas de sa compétence ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine des autorités compétentes aux fins de demande d'informations sur les suites judiciaires ;
- l'arrêté est entaché d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ; il est entré régulièrement sur le territoire français et dispose d'un document d'identité en cours de validité ;
- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entré régulièrement en France en 2003 à l'âge de 15 ans à la faveur d'un accord de regroupement familial ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence est présumée dans cette affaire ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 4 octobre 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 9 décembre 2024 sous le numéro n° 2401704 par laquelle
M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mercier, greffière d'audience, Mme Rolin a lu son rapport et entendu :
Les observations de Me Pialou pour le requérant ; le préfet n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. M. A, ressortissant de nationalité dominicaine, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions susvisées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, de la décision du 27 mai 2024 du préfet de la Guyane portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant cinq ans.
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de l'acte sur la situation concrète de l'intéressé et le requérant doit justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. En l'espèce, compte tenu du caractère non suspensif du recours pour excès de pouvoir contre l'obligation de quitter le territoire français prononcée en Guyane, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de cette mesure caractérise une situation d'urgence.
3. Il ressort des pièces du dossier, que M. A est entré régulièrement en France en 2003 à l'âge de 15 ans à la faveur d'un accord de regroupement familial et, doit être regardé comme justifiant vivre en France depuis vingt et un ans, avec sa mère résidente dont le mari est français et, avec ses frères et sœurs en séjour régulier. Si ainsi qu'il est relevé par l'arrêté attaqué le requérant a été condamné le 27 janvier 2021 par la cour d'assisses de Cayenne à une peine de dix ans de réclusion criminelle pour violences commises le 30 octobre 2017, ayant entraîné la mort sans intention de la donner, il a été libéré le 29 mai 2024 en raison de l'absence du moindre incident en détention depuis le 1er novembre 2017 et de sa conduite exemplaire attestée par le rapport établi le 25 juin 2024 par le conseiller pénitentiaire d'insertion et probation. Pendant cette période, il s'est également acquitté à la mesure de ses moyens de ses obligations d'indemnisation de la famille de la victime et s'est investi avec sérieux et assiduité dans des formations professionnalisantes afin de préparer son insertion professionnelle en sortie de détention. Il a aussi obtenu onze permissions de sortie sur la totalité de sa peine dont la dernière de cinq jours et obtenu l'intégralité de sa dernière réduction de peine. Dans ces conditions, en dépit de la gravité de la condamnation pénale purgée par M. A, ces éléments, dans les circonstances particulières de l'espèce, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée au regard des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal, de l'arrêté préfectoral du 27 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant cinq ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. La présente ordonnance implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de la Guyane procède au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision, et qu'il le munisse sous huit jours, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'affaire, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pialou de la somme de 900 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : La décision du 27 mai 2024 du préfet de la Guyane portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français pendant cinq ans à l'encontre de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande au principal.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de procéder au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, et de le munir sous huit jours, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pialou la somme de 900 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Pépin renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Pialou et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
E. ROLIN
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER