vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401716 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | PIALOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2024, Mme C A représentée par Me Pialou, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au recteur de la Guyane d'aménager complètement et durablement son poste d'enseignante et de chargée de mission dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que son état de santé mentale se dégrade en raison de l'absence d'aménagement complet et durable de son poste de travail et que ses élèves se trouvent ainsi maintenus depuis plusieurs mois dans une situation particulièrement préjudiciable au bon déroulement de leur scolarité ;
- le refus du recteur de la Guyane d'aménager complètement et durablement son poste d'enseignante et de chargée de mission porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté du travail, au droit en tant que fonctionnaire de ne pas être soumis au harcèlement moral, au principe d'égalité de traitement à l'égard des personnes en situation de handicap et son corollaire, le droit de ne pas subir de carence caractérisée dans l'aménagement de son poste de travail en raison de son handicap, à l'intérêt supérieur de ses élèves ainsi qu'au droit à l'instruction de ses élèves.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2024, le recteur de région académique de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Metellus, greffière d'audience, Mme Rolin a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Pialou, pour la requérante ;
- M. B, représentant le recteur de la Guyane.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
2. En distinguant les deux procédures ainsi prévues par les articles L. 521-1 et L. 521-2, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Il en résulte que les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas identiques, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés.
3. Mme A est professeure d'anglais depuis le 1er septembre 2017 au collège Joseph Ho Ten You de Kourou. A ce titre, elle enseigne l'anglais à deux classes de 5ème et deux classes de 3ème. Elle est également professeure principale d'une classe de 5ème et chargée de mission auprès de l'inspecteur d'anglais du 2nd dégré à hauteur de 5 heures par semaine. Par courrier du 26 février 2021, la Maison départementale des personnes handicapées lui a accordé la reconnaissance de sa qualité de travailleur handicapé, à partir du 3 février 2021 et sans limitation de durée. Par courrier du 19 avril 2024, le recteur de la Guyane l'a informée que la commission a émis un avis favorable à sa demande d'assistance par un accompagnant de personnel en situation de handicap (APSH). Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au recteur de la Guyane d'aménager complètement et durablement son poste d'enseignante et de chargée de mission.
4. D'une part, pour justifier de l'urgence à obtenir du juge des référés la mesure sollicitée sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative,
Mme A soutient que le refus du recteur de la Guyane d'aménager complètement et durablement son poste d'enseignante et de chargée de mission, place ses élèves dans une situation extrêmement préjudiciable puisque sans APSH, pour une durée de vingt-quatre heures par semaine, elle ne peut pas enseigner l'anglais à ses élèves, assurer sa fonction de professeure principale et mener à bien sa mission auprès de l'inspectrice d'anglais du second degré. Le recteur de la Guyane porte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté du travail, au droit en tant que fonctionnaire de ne pas être soumis au harcèlement moral, au principe d'égalité de traitement à l'égard des personnes en situation de handicap et son corollaire, le droit de ne pas subir de carence caractérisée dans l'aménagement de son poste de travail en raison de son handicap, à l'intérêt supérieur de ses élèves ainsi qu'au droit à l'instruction de ses élèves.
5. Toutefois, la circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale portée par une mesure administrative serait avérée n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés dans le très bref délai prévu par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Il appartient au juge des référés d'apprécier, au vu des éléments qui lui sont soumis comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière requise par l'article L. 521-2 est satisfaite, en prenant en compte la situation de la requérante et les intérêts qu'elle entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration. La condition d'urgence posée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article
L. 521-2 du même code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.
6. Par suite, s'il résulte de l'instruction que l'absence d'aménagement complet durable du poste de Mme A, a pour effet de l'empêcher de travailler, la place dans une situation de grande souffrance et prive, depuis plusieurs semaines, ses élèves de l'enseignement d'anglais ainsi que de leur professeure principale, ces circonstances ne sauraient justifier l'intervention du juge des référés dans les quarante-huit heures.
7. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence mentionnée à l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'étant pas remplie, la requête Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au recteur de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
E. ROLIN
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
M-Y. METELLUS
N°2401716