jeudi 26 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2401790 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | PLENET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2024, M. B C, représenté par Me Plenet, demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 23 décembre 2024 et des décisions afférentes ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient, d'une part, que l'urgence est caractérisée par son placement en rétention et l'imminence de l'exécution de la mesure d'éloignement, d'autre part, que le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son statut de demandeur d'asile dès lors qu'il a le droit de demeurer pendant l'examen de sa demande d'asile, principe général de droit à valeur constitutionnelle repris dans les dispositions des articles L.541-1 et 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en cas de renvoi préalable à l'audience, il serait porté atteinte à son droit à un recours effectif.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2024, le préfet de la Guyane conclut au non-lieu à statuer et au rejet des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et à celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; il produit l'arrêté d'abrogation en date du 26 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mercier, greffière d'audience, Mme Rolin a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Plenet pour le requérant, l'interprète Mme A;
le préfet n'étant ni présent, ni représenté
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. M. C, ressortissant marocain né le 15 janvier 1998 a déposé une première demande d'asile qui a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile en septembre 2023. Interpellé dans le cadre d'une vérification du droit de circulation et de séjour, l'intéressé, placé en centre de rétention administrative, a fait l'objet d'un arrêté du 23 décembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et l'interdisant de séjour sur le territoire pour une durée de deux ans.
3. D'une part, l'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulières prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très brefs délais les mesures de sauvegarde nécessaires. En l'espèce, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de la mesure portant obligation de quitter le territoire français est de nature à caractériser une situation d'urgence ouvrant au juge des référés le pouvoir de prononcer la suspension de cette décision.
4. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande et, le cas échéant, jusqu'à ce que le juge compétent se soit prononcé sur la légalité de ce refus.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. C a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 18 octobre 2024 et a reçu une convocation pour l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique asile de la préfecture de la Guyane le 5 décembre 2025. Au vu de ces éléments, le préfet de la Guyane a pris un nouvel arrêté le 26 décembre 2024 pour abroger l'arrêté du
23 décembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et l'interdisant de séjour sur le territoire pour une durée de deux ans, qui a été communiqué au requérant avant l'audience. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête sont devenues sans objet. Il n'y a, donc, plus lieu d'y statuer et l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être accueillie.
6. Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de condamner l'Etat, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à payer à son conseil, Me Plenet, la somme de 800 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. C.
Article 3 : L'Etat versera à Me Plenet, sur le fondement des articles 37 de la loi du
10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, la somme de 800 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Me Plenet et au préfet de la Guyane.
Copie sera adressée pour information à la "Cimade" et au service territorial de police aux frontières.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
E. ROLIN
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER