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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2500029

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2500029

mercredi 22 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2500029
TypeDécision
Avocat requérantPEPIN JULIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Pépin, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, au juge des référés :

1°) de suspendre en toutes ses dispositions l'arrêté du 24 septembre 2024 du préfet de la Guyane portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français avec délai de départ pris à son encontre ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui remettre sous huit jours une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail jusqu'à ce qu'il soit statué au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans possibilité de former un recours pour excès de pouvoir ayant un caractère suspensif ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté ;

- le signataire de l'arrêté ne justifie pas de sa compétence ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de droit et de fait dès lors que, contrairement à ce qu'a indiqué le préfet dans son arrêté, son beau-père le prend en charge financièrement ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit paisiblement en France sans discontinuité depuis cinq ans ; que sa présence sur le territoire ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; qu'il justifie d'une insertion au sein de la société française en poursuivant des études réelles et sérieuses ; qu'il réside avec sa mère et son beau-père et que ce dernier le prend en charge ; qu'il n'a plus aucun contact depuis de nombreuses années avec son père qui réside dans son pays d'origine ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au le préfet de la Guyane qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 30 décembre 2024 sous le numéro 2401798 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

- la demande d'aide juridictionnelle déposée le 22 novembre 2024 ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Nicanor, greffière d'audience, Mme Rolin a lu son rapport et entendu les observations de Me Pépin, pour le requérant, le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte du premier alinéa de l'article L.521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Sur le fondement de ces dispositions, M. B, ressortissant dominicain, demande au juge des référés, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 24 septembre 2024 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de l'acte sur la situation concrète de l'intéressé et le requérant doit justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. En l'espèce, compte tenu du caractère non suspensif du recours pour excès de pouvoir contre l'obligation de quitter le territoire français prononcée en Guyane, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de cette mesure caractérise une situation d'urgence.

3. Il résulte de l'instruction que M. B, né le 31 juillet 2003 est entré en Guyane en 2019, à l'âge de 16 ans pour rejoindre sa mère mariée à un ressortissant français depuis 2016. Il a été scolarisé à compter de l'année 2021 après un apprentissage de deux ans de la langue française et a obtenu le diplôme du baccalauréat technologique avec la mention " Assez bien " en 2024. En outre, il produit une attestation de son beau-père qui précise l'héberger à titre gratuit et participer à son entretien. Par suite, dans les circonstances particulières de l'affaire, le moyen tiré de l'atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales paraît de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, M. B est fondé à demander au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal et, dans l'attente, d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer, sous quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'affaire, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pépin de la somme de 900 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Guyane du 24 septembre 2024 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français avec délai de départ à l'encontre de M. B est suspendu jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande au principal.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. B, sous huit jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pépin la somme de 900 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à

Me Pépin et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2025.

Le juge des référés,

Signé

E. ROLIN

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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