jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2500096 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | PIERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2025, M. C A, représenté par Me PIERRE Bruneau, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 25 juillet 2024 par lequel le préfet de la Guyane a rejeté sa demande d'admission au séjour et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;
- il est entaché d'un vice de compétence faute pour son signataire de justifier d'une délégation de signature ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Il méconnait les articles 3-1, 9-1 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2025, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond, enregistrée sous le numéro 2500040
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Metellus, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu : les observations de Me Pierre, pour M. A, et de M. D pour le préfet de la Guyane.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte du premier alinéa de l'article L.521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Sur le fondement de ces dispositions, M. A, ressortissant haïtien, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de la Guyane du 25 juillet 2024 rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français avec délai de départ et fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
2. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. D'autre part, en Guyane, le recours d'un étranger dirigé contre une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français mentionnant le pays de destination ne suspend pas le caractère exécutoire de l'obligation de quitter le territoire français. Dans ce contexte, la perspective d'une mise en œuvre à tout moment de la mesure d'éloignement ainsi décidée est de nature à caractériser une situation d'urgence ouvrant au juge des référés le pouvoir de prononcer la suspension de l'exécution de la décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
3. En l'espèce, l'arrêté litigieux du 25 juillet 2024, dont la suspension est demandée, est constitué d'un refus de séjour auquel le préfet a assorti une obligation de quitter le territoire français dans un délai expiré avec fixation du pays de destination. Il en résulte, eu égard au contexte d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le territoire de la Guyane, que la condition d'urgence, prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être tenue pour satisfaite.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
5. Né le 8 mars 1993 à Aquin (Haïti), M. A, de nationalité haïtienne est entré en France en février 2001, à l'âge de 8 ans. L'intéressé vit maritalement avec une personne de nationalité française avec laquelle il a eu trois enfants. Bénéficiaire d'un titre de séjour, il a sollicité le 27 juillet 2023 le renouvellement de son titre de séjour valable du 5 mai 2022 au 4 mai 2023, sur le fondement des dispositions des articles L.423-14 et 15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Le préfet de la Guyane relève que M. A a fait l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Cayenne d'une amende de 400 euros pour avoir circulé avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et est enregistré dans le fichier des antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits de violences conjugales en présence d'un mineur et que cette situation constitue une menace pour l'ordre public.
7. Toutefois, d'une part, à l'exception de la condamnation ancienne de 2015, le préfet de la Guyane ne s'appuie sur aucune condamnation, les éléments produits tirés d'une seule inscription au TAJ, ne suffisent pas à faire regarder la présence de M. A sur le territoire français comme constituant actuellement une menace pour l'ordre public, étant précisé que l'intéressé et sa compagne, de nationalité française, poursuive leur vie maritale avec leurs trois enfants. D'autre part, compte tenu notamment de la circonstance qu'il exerce une activité professionnelle, à savoir employé au sein d'une société de transport, lui procurant des revenus réguliers, et de ses attaches en Guyane où résident ses trois enfants, ainsi que son père en situation régulière dont il s'occupe, le moyen tiré de l'atteinte excessive à son droit à la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.
8. Les deux conditions prévues par l'article L.521-1 du code de justice administrative étant réunies, M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal.
9. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement la délivrance à
M. A d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Guyane de délivrer ce récépissé dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à payer à M. A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de la Guyane du 25 juillet 2024 rejetant la demande de titre de séjour de M. A et lui faisant obligation de quitter le territoire français, est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 900 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.
Le juge des référés
Signé
O. B
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
M-Y. METELLUS