mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2500140 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | MORAGA ROJEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Moraga Rojel, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet et les décisions afférentes ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a été placé en centre de rétention administrative ;
- le préfet de la Guyane porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de ne pas subir de traitements inhumains ou dégradants garanti par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est atteint d'une maladie chronique dont il n'est pas assuré de pouvoir bénéficier du traitement adapté dans son pays d'origine et qu'il est en attente de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur la compatibilité de son état de santé avec un éloignement vers la Guinée-Bissau ;
- en cas de renvoi dans son pays d'origine avant la notification de l'ordonnance à intervenir, il serait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours juridictionnel effectif tel que protégé par l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, les stipulations de l'article 13 et 34 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2025, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen soulevé n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 3 février 2025, en présence de Mme Pauillac, greffière d'audience, M. Guiserix, statuant en qualité de juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Moraga-Rojel, représentant M. A ;
- les observations de M. C, représentant le préfet de la Guyane
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale () ".
3. M. A, ressortissant Bissao-guinéen, né en 1983, est entré sur le territoire français en décembre 2008 selon ses déclarations. Par un arrêté du 15 janvier 2025, le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de quitter le territoire de deux ans. Par la présente instance, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la procédure de reconduite à la frontière mise en œuvre à son encontre.
4. Pour obtenir qu'il soit fait droit à ses prétentions, M. A se prévaut des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Or, en premier lieu, il n'est nullement démontré que le renvoi de l'intéressé en Guinée Bissau l'exposerait à un risque de traitements inhumains ou dégradants. En effet, si l'intéressé se prévaut de son état de santé et s'il produit un certificat médical d'un médecin généraliste, ce dernier, non circonstancié, ne saurait établir que son état de santé nécessiterait des soins dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ou qu'il ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié. Par ailleurs, l'intéressé, qui fait mention de l'obtention en 2014 d'un titre de séjour sur le fondement d'une autre pathologie, n'a engagé aucune démarche en vue de renouveler ce titre. Enfin, il ne résulte pas des déclarations qu'il a faites aux services de police, dans le cadre de son audition, qu'il ait informé le préfet sur sa situation médicale de sorte que cette autorité ne pouvait saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour un éventuel avis. En second lieu, l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens de M. A avec le territoire français ne résultent pas de l'instruction. Dans ces conditions, l'exécution de l'arrêté litigieux, ne peut être regardée, en l'état de l'instruction, comme constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Guyane.
Copie pour information sera adressée à la Cimade et au service territorial de la police aux frontières.
Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 4 février 2025.
Le juge des référés,
Signé
O. GUISERIX
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. PAUILLAC