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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2500185

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2500185

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2500185
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantRIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 février 2025, Mme C D, représentée par Me Rivière, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " en tant que parent d'enfant français et l'autorisant à travailler, sans délai à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " en raison de ses liens privés et familiaux et l'autorisant à travailler, sans délai à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) en tout état de cause, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour cette dernière de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que le refus de renouveler son titre de séjour la place dans une situation de précarité dès lors qu'elle ne peut plus percevoir les allocations au chômage et celles de la caisse d'allocations familiales ;

- le préfet de la Guyane a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; qu'elle vit en France depuis 2005 où elle réside sans discontinuité ; que quatre de ses enfants sont nés en Guyane et scolarisés à Cayenne, la plus âgée passant les épreuves du diplôme du baccalauréat général cette année ; qu'elle a été embauchée par la commune de Matoury en contrat à durée déterminée de neuf mois sur un poste d'agent polyvalent de service ;

- le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté de travailler ; qu'elle est privée de la possibilité de poursuivre une activité professionnelle alors qu'elle dispose de diplômes et d'une expérience professionnelle ;

- la décision de refus de renouvellement de sa carte de séjour porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2025, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas présumée et que les conclusions de la requête sont dirigées contre une décision inexistante qui doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Metellus, greffière d'audience, Mme Rolin a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Rivière, pour la requérante ;

- le préfet de la Guyane n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de Mme B A, il y a lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Mme B A, ressortissante haïtienne qui réside régulièrement en France depuis 2012, titulaire en dernier lieu d'une carte pluriannuelle valable jusqu'au 30 novembre 2024 en qualité de parent d'enfant français en a demandé le renouvellement dans les délais requis par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, en raison de l'impossibilité de fournir un document " des contributions du père " dans les délais impartis par la plateforme ANEF, qui au demeurant, jusqu'à présent ne lui avait pas été réclamé,

Mme B A n'a pas été en mesure de faire aboutir ses démarches alors même que la nationalité française de trois de ses enfants n'est pas contestée. Elle a été ainsi placée en situation irrégulière sur le territoire français et privée de la possibilité de voir renouveler son contrat de travail, d'avoir accès à des allocations de chômage et aux allocations familiales pour ses cinq enfants. Elle justifie dans ces conditions de l'existence d'une situation d'urgence. Par ailleurs, en ne lui délivrant pas de récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, le préfet de la Guyane a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit au travail et au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B A.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane de délivrer à Mme B A un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 900 euros qui sera versée à Me Rivière en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle et sous réserve que

Mme B A soit définitivement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à Mme B A un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rivière, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, la somme de 900 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, Me Rivière et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le juge des référés,

Signé

E. ROLIN

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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