jeudi 27 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2500257 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | MORAGA ROJEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 février 2025, M. B A, représentée par Me Moraga Rojel Eve-Marie demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de le convoquer afin de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile, dans un délai 3 jour à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de lui délivrer, lors de cet enregistrement, une attestation de demande d'asile et de lui remettre le dossier destiné à l'instruction de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement pouvant être exécutée à tout moment, vers son pays où il est exposé à des traitements inhumains et dégradants, qu'il ne peut bénéficier des conditions matérielles d'accueil et que le refus d'enregistrement de sa demande d'asile le prive de la possibilité de se maintenir régulièrement sur le territoire ;
- le préfet de la Guyane porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile du requérant en fixant un délai anormalement long de 1 an et neuf mois pour enregistrer sa demande d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2025, le préfet de la Guyane conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à obtenir un rendez-vous sous trois jours ouvrés pour l'enregistrement de sa demande d'asile et, au rejet de la demande de frais irrépétibles présenté sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'il a accordé un rendez-vous qui était prévu au guichet unique des demandeurs d'asile le 16 octobre 2026 a été avancé au 27 février 2025 ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Guiserix, en présence de Mme Prosper, greffière d'audience,
- les observations de Me Moraga Rojel, pour le requérant, qui maintient ses conclusions, précise que l'urgence est inhérente à sa situation de demandeur d'asile et souligne la vulnérabilité de M. A ;
- le préfet de la Guyane n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant haïtien, né le 23 décembre 2003, s'est présenté et a été reçu le 7 janvier 2025 au service de premier accueil des demandeurs d'asile aux fins d'obtenir un rendez-vous au guichet unique des demandeurs d'asile (GUDA) pour l'enregistrement de sa demande. Un rendez-vous lui a été fixé au 16 octobre 2026, soit un délai de 1 an et 10 mois. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de le convoquer dans un délai de 3 jours pour l'enregistrement de sa demande et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
4. Le préfet invoque le fait qu'un rendez-vous a été fixé au requérant le 27 février 2025 pour l'enregistrement de sa demande d'asile. Toutefois, la pièce produite par le préfet, à savoir une copie d'écran, partielle et peu lisible, ne permet pas d'établir que sa demande d'asile sera enregistrée le 27 février 2025. Le litige restant toujours en l'état, l'exception de non-lieu à statuer ne peut qu'être écartée.
Sur l'urgence :
5. Il résulte de l'instruction que M. A, ne peut du fait du délai, supérieur à 500 jours, qui lui est opposé pour faire enregistrer sa demande d'asile, avoir, dans un délai raisonnable, la protection demandée ainsi que l'accès aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficient les demandeurs d'asile. Ainsi, le requérant justifie d'une situation d'urgence particulière au sens des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative.
Sur l'atteinte manifestement grave et illégale fondamentales :
6. Le droit constitutionnel d'asile, qui a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié, a le caractère d'une liberté fondamentale. Son respect implique en principe que le demandeur d'asile soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Dans la rédaction que lui a donnée l'ordonnance du 16 décembre 2020, l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui met en œuvre les dispositions du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, prévoit que l'autorité compétente enregistre la demande présentée par un demandeur d'asile présent sur le territoire national et procède à la détermination de l'Etat responsable de son examen par application des règles du droit de l'Union. L'article L. 521-4 du même code précise que l'enregistrement a lieu dans un délai de trois jours, sans condition préalable de domiciliation et que ce délai peut être porté à dix jours " lorsqu'un nombre élevé d'étrangers demandent l'asile simultanément ".
7. Ces dispositions du CESEDA, issues de l'ordonnance du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposant les objectifs de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013, font peser sur l'Etat une obligation de résultat s'agissant des délais dans lesquels les demandes d'asile doivent être enregistrées. Il incombe en conséquence aux autorités compétentes de prendre les mesures nécessaires au respect de ces délais.
8. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Guyane, qui a fixé à l'intéressé un rendez-vous 16 octobre 2026, soit un délai de 1 an et 10 mois, n'a pas placé l'intéressé en mesure de voir sa demande d'asile examinée dans un délai raisonnable. Il s'ensuit, dès lors qu'il y a urgence à faire cesser cette atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile, qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane, à qui il appartient de procéder à l'enregistrement des demandes d'asile dans les délais prévus par l'article L. 521-4 du code, d'enregistrer, conformément à ces dispositions, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance, la demande d'asile présentée par le requérant. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
9. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à payer à Me Moraga Rojel, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane d'enregistrer, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance, la demande d'asile présenté par M. A.
Article 3 : L'Etat versera à Me Moraga Rojel une somme de 900 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée M. A, Me Moraga Rojel Eve-Marie et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.
Le juge des référés,
Signé
O. GUISERIX
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
S. PROSPER