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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2500350

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2500350

mardi 25 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2500350
TypeDécision
Avocat requérantMORAGA ROJEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2025, M. D A B, représenté par Me Moraga Rojel, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de la décision du 18 janvier 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour pour une durée de deux ans, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Moraga Rojel en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour cette dernière de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans possibilité de former un recours pour excès de pouvoir ayant un caractère suspensif et qu'elle est susceptible d'être exécutée à tout moment ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 18 janvier 2025 :

* l'auteur de l'arrêté litigieux ne justifie pas de sa compétence et l'arrêté ne comporte pas la signature manuscrite ;

* l'arrêté est insuffisamment motivé ;

* il méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre ;

* la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside habituellement sur le sol français depuis 2009, soit depuis 15 ans, auprès de sa compagne, son frère et ses neveux qui sont nés et scolarisés en Guyane, qu'il ne possède plus de famille au Pérou, son père étant décédé et ses sœurs vivant régulièrement au Chili, qu'il est inséré professionnellement car plusieurs entreprises ont souhaité le recruter ;

* la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit ;

* la décision portant interdiction de retour sur le territoire est illégale par exception d'illégalité, elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur situation personnelle et porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale dès lors qu'il peut se prévaloir de liens intenses sur le territoire français depuis 15 ans, qu'il vit auprès de sa compagne son frère et ses neveux qui sont nés et scolarisés sur le territoire et qu'il a reçu plusieurs offres d'embauches par des entreprises dans le bâtiment.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2025, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 mars 2025 sous le numéro 2500349 par laquelle M. A B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Nicanor, greffière d'audience, M. Guiserix a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Moraga Rojel, pour le requérant ;

- les observations de M. C, pour le préfet de la Guyane.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. M. A B, ressortissant péruvien né en 1977, est entré sur le territoire en 2009, à l'âge de 32 ans. Interpelé dans le cadre d'une vérification du droit de circulation ou du séjour, l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté du 18 janvier 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et l'interdisant de séjour pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

4. Pour faire échec à la mesure d'éloignement ordonnée, M. A B se prévaut notamment, au visa de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'ancienneté et de la continuité de sa présence sur le territoire, ainsi que de celle de son frère et de ses neveux. Il fait également valoir n'avoir aucune famille au Pérou et être intégré professionnellement dans la société. Toutefois, les éléments relatifs à la vie privée et familiale dont se prévaut M. A B sont en l'espèce insuffisants dès lors que, s'il allègue vivre en concubinage avec une compatriote sur le territoire, il n'en rapporte pas la preuve, qu'il n'a pas d'enfant, qu'il ne déclare aucune activité, ni d'ailleurs aucun revenu et se contente de se prévaloir de promesses d'embauche. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale n'est pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

5. M. A B fait également valoir que le préfet de la Guyane a commis une erreur de droit en lui refusant un délai de départ volontaire. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'arrêté qui vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que le requérant, qui au demeurant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire, s'oppose à un retour vers son pays d'origine, en application du 4° de l'article L. 612-3 de ce code. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision refusant un délai de départ volontaire et, par exception d'illégalité, celle l'interdisant de séjour sur le territoire français pour une durée de deux ans sont illégales ne sont pas de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité l'arrêté.

6. Par ailleurs, aucun des autres moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué pris en toutes ses dispositions.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A B et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 25 mars 2025.

Le juge des référés,

Signé

O. GUISERIX

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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