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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2500401

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2500401

lundi 24 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2500401
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2025, M. A C, représenté par

Me Pigneira, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sans délai, l'exécution de l'arrêté du 19 mars 2025 par lequel le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane d'enregistrer sa demande de réexamen et de lui délivrer un récépissé ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans possibilité de former un recours pour excès de pouvoir ayant un caractère suspensif ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside de manière stable et continue sur le territoire français depuis 2019, qu'il a deux enfants nés en Guyane, que son son père est titulaire d'une carte de résident, qu'il a des frères, des sœurs, des cousins et cousines présents sur le territoire, qu'il a toujours travaillé en tant que maçon, que, certes, il a été condamné, cependant il est désormais en sursis probatoire et souhaite être accompagné par des organismes de prise en charge des auteurs de violences ;

- la décision en litige porte également une atteinte à son droit de demander l'asile dès lors qu'il s'est rendu à la structure de premier accueil des demandeurs d'asile de la Croix Rouge en 2023 afin de déposer une demande de réexamen de sa demande d'asile mais qu'il n'a pas pu se présenter au rendez-vous d'enregistrement de sa demande car il était malade, que les démarches qu'il a entreprises avant son incarcération n'ont pas abouti, qu'il n'a pas pu déposer sa demande de réexamen que le 22 mars 2025 afin de faire valoir ses craintes en cas de retour à Haïti, enfin, qu'il ne correspond à aucune des conditions prévues par l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit à ne pas être soumis à la torture, des peines ou traitements inhumains ou dégradants tel que stipulé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et tel qu'il résulte de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en cas de renvoi dans son pays d'origine avant la notification de l'ordonnance à intervenir, il serait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours juridictionnel effectif tel que protégé par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en méconnaissance des dispositions du 13° de l'article L. 514-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2025, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence est présumée mais que l'arrêté en litige ne porte pas d'atteinte grave et manifestement illégale à aucune liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné Mme Topsi, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique, tenue le 24 mars 2025 à 9 heures 30, en présence de Mme Nicanor, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Topsi, juge des référés ;

- les observations de Me Pigneira, représentant M. C, qui a conclu aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans la requête, en précisant qu'au regard de la situation actuelle à Haïti, le renvoi de M. C dans son pays d'origine est attentatoire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les observations de M. C ;

- les observations de M. B, pour le préfet de la Guyane, qui a repris ses écritures et, a fait état de l'enregistrement de la demande de réexamen de M. C depuis le centre de rétention administrative ainsi que de l'édiction, ce jour, d'un arrêté de maintien en rétention dans l'attente que l'OFPRA se prononce au terme d'une procédure accélérée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant haïtien né en 1983, déclare être entré irrégulièrement en France, en 2019. Sa demande d'asile a été rejetée le 19 novembre 2019 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le rejet de sa demande a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 16 janvier 2020. Il s'est maintenu sur le territoire et a été condamné le 21 août 2024, par la Cour d'appel de Cayenne, à une peine de trente mois d'emprisonnement avec maintien en détention dont quinze mois avec sursis probatoire, pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et de violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Par un arrêté du 19 mars 2025, le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et, a assorti cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Par sa requête, M. C demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission de M. A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

4. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / (). ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : () / 3° Le demandeur () est maintenu en rétention en application de l'article L. 754-3. ". Aux termes de l'article L. 541-3 de ce même code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l'étranger sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision d'éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles

L. 542-1 et L. 542-2. ".

5. Il résulte de l'instruction et notamment des débats à l'audience que le 22 mars 2025, M. C a présenté au centre de rétention administrative une demande de réexamen de sa demande d'asile transmise à l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté du 24 mars 2025, le préfet de la Guyane a édicté un arrêté de maintien en rétention de l'intéressé. Par suite, l'enregistrement de sa demande de réexamen fait obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la notification de la décision de l'OFPRA. Dans ces circonstances, en l'absence de perspective d'éloignement imminent vers son pays d'origine, la condition d'urgence particulière à laquelle est subordonnée l'intervention du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est pas remplie.

6. Il y a lieu, dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale de rejeter les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au préfet de la Guyane.

Copie sera adressée pour information au directeur de la police aux frontières de la Guyane et à l'association " La Cimade ".

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 24 mars 2025.

La juge des référés,

Signé

M. TOPSI

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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