mercredi 23 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2500425 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | PIALOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mars 2025, M. A B C, représenté par Me Pialou, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du préfet de la Guyane du 23 octobre 2024 portant refus d'enregistrement de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il bénéficiait de prestations familiales qui ne lui sont plus versées depuis le mois d'août 2024 ; qu'il a fait l'objet d'une décision de cessation d'inscription à France Travail en raison de l'échéance de son titre de séjour alors qu'il était bénéficiaire de l'aide au retour à l'emploi depuis le mois de juin 2024 et qu'il lui restait 508 jours d'indemnisation ; qu'il demeurait en séjour régulier depuis cinq ans et se retrouve en séjour irrégulier dans son pays d'accueil depuis plus de 32 ans ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- l'auteur de la décision litigieuse n'est pas compétent dès lors qu'elle a été prise par un agent de guichet de la sous-préfecture de Saint-Laurent du Maroni ;
- la décision de refus d'enregistrement de sa demande de renouvellement de son titre de séjour méconnaît les dispositions des articles R. 431-2 et R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'une demande de renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée dans le cadre d'une admission exceptionnelle au séjour ne peut se faire sur la plateforme de l'Administration numérique des étrangers en France.
La requête a été communiquée au préfet de la Guyane le 31 mars 2025 qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 26 mars 2025 sous le numéro 2500424 par laquelle M. B C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Delmestre-Galpe, greffière d'audience, M. Guiserix a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Pialou, pour le requérant ;
- le préfet n'étant ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
2. M. B C, ressortissant brésilien né en 1971, est, d'après ses déclarations, entré sur le territoire en 1992, à l'âge de 21 ans et a obtenu son premier titre de séjour en 2018 qu'il a régulièrement renouvelé, le dernier était valable jusqu'au 13 août 2024. Depuis lors, il a tenté à de nombreuses reprises de demander le renouvellement de son titre de séjour sur la plateforme de l'Administration numérique des étrangers en France. Le 1er octobre 2024, il s'est rendu à la sous-préfecture de Saint-Laurent du Maroni pour le dépôt de son dossier de renouvellement et s'est vu opposer un refus d'enregistrement de sa demande. Par la présente requête, M. B C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
3. D'une part, la condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'étranger. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.
4. En l'espèce, la décision dont le requérant demande la suspension porte sur un refus d'enregistrement d'une demande de renouvellement de son titre de séjour. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment des explications fournies par le requérant non contredites en défense, que M. B C ne perçoit plus de prestations familiales depuis le mois d'août 2024, ainsi que l'aide au retour à l'emploi depuis le mois de septembre 2024 alors qu'il lui restait 508 jours d'indemnisation et qu'il se retrouve en situation irrégulière alors qu'il résidait sur le territoire depuis cinq ans en séjour régulier. Dans les circonstances particulières de l'espèce, M. B C établit que la décision en litige préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale pour que la condition d'urgence puisse être regardée comme remplie.
5. D'autre part, M. B C soutient, sans être contesté par le préfet de la Guyane, qu'un agent de la sous-préfecture de Saint-Laurent du Maroni a refusé l'enregistrement de la demande de renouvellement de son titre de séjour au motif erroné que sa demande devait être effectuée sur la plateforme de l'Administration numérique des étrangers en France. Par ailleurs, il n'est pas allégué que son dossier était incomplet. Dans ces conditions, les moyens invoqués tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision et de l'erreur de droit sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, M. B C est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 23 octobre 2024, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal.
7. L'exécution de la présente ordonnance implique, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de la Guyane procède au réexamen de la situation administrative de M. B C. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'affaire, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à payer à M. B C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La décision du 23 octobre 2024 est suspendue, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande au principal.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de réexaminer la situation de M. B C dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : L'Etat versera à M. B C la somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B C et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 23 avril 2025
Le juge des référés,
Signé
O. GUISERIX
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
R. DELMESTRE-GALPE