vendredi 16 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2500608 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | PIALOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 avril 2025, M. A B, représenté par Me Pialou, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 9 avril 2025 par laquelle le directeur des services pénitentiaires d'outre-mer a prolongé son isolement ;
3°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire de réexaminer sa situation dans un délai de 24 heures sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Pialou en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour cette dernière de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée dès lors qu'il fait l'objet d'un placement d'office à l'isolement ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
* le signataire de la décision litigieuse ne justifie pas de sa compétence ;
* la décision contestée est insuffisamment motivée ;
* elle est entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence d'avis écrit du médecin ;
* elle méconnaît le principe du contradictoire dès lors que l'avis du service pénitentiaire d'insertion et de probation n'a pas été soumis au contradictoire conformément aux dispositions de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire ;
* la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le caractère nécessaire et proportionnel de l'isolement.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mai 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas présumé au cas d'espèce ;
- aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 27 avril 2025 sous le numéro 2500607 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Nicanor, greffière d'audience, M. Guiserix a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Pialou, pour le requérant ;
- le garde des sceaux, ministre de la justice n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, incarcéré au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly depuis le 29 avril 2024, a fait l'objet de deux mandats de dépôt pour assassinat et pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement. Le 24 juillet 2024, il a été placé à l'isolement. Par une décision du 9 avril 2025, le directeur des services pénitentiaires d'outre-mer a prolongé son isolement au-delà de neuf mois. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de cette mesure.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office () ".
4. Saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, laquelle ne constitue pas une sanction disciplinaire mais une mesure de police destinée à garantir le bon ordre au sein d'un établissement pénitentiaire, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.
5. Il résulte de l'instruction que, dès son arrivée au sein du centre pénitentiaire, M. B n'a pas pu être placé en détention ordinaire dès lors qu'il fait l'objet de quatorze mesures de séparation dont six qui résultent de consignes du juge d'instruction. En outre, appartenant à un gang, M. B est soumis à un risque de représailles important résultant de la recrudescence des menaces et violences entre bandes rivales, de sorte qu'il doit faire l'objet d'une gestion particulière. Par suite, compte tenu du profil pénal de M. B, et ce, alors même qu'il aurait un bon comportement en détention, le moyen tiré de ce que la décision de prolongement de l'isolement, édictée dans le souci de garantir la sécurité de l'intéressé et le bon ordre au sein du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation n'est pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
6. En l'état de l'instruction, aucun des autres moyens soulevés par M. B ne paraît susceptible de faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée et par voie de conséquence celles à fin d'injonction doivent être rejetées.
7. Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie sera adressée pour information au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 16 mai 2025.
Le juge des référés,
Signé
O. GUISERIX
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR