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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2500715

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2500715

jeudi 5 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2500715
TypeDécision
Avocat requérantPIALOU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Guyane, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de l'arrêté préfectoral du 27 mars 2025 obligeant M. B, ressortissant cubain, à quitter le territoire français. Le juge a reconnu l'urgence, compte tenu du caractère non suspensif du recours, et a estimé qu'il existait un doute sérieux sur la légalité de la décision. Ce doute sérieux résulte de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. B étant marié depuis septembre 2024 à un compatriote réfugié cubain, ce qui porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mai 2025, M. A B, représenté par Me Pialou, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets de la décision préfectorale du 27 mars 2025 portant obligation de quitter le territoire français et fixant Cuba comme pays de destination, jusqu'à ce qu'il soit statué au principal sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail sous huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans possibilité de former un recours pour excès de pouvoir ayant un caractère suspensif ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

* le signataire de l'arrêté litigieux ne justifie pas de sa compétence ;

* la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreurs de fait de nature à révéler un défaut d'examen particulier de sa situation ;

* elle est entachée d'une erreur de droit, ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que, arrivé sur le territoire en mai 2023, il a demandé l'asile qui lui a été refusé par l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile ; qu'il est marié depuis septembre 2024 à un réfugié cubain, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2033, qui travaille en tant qu'assistant de production et commerce dans une boulangerie ; qu'il a été chassé de son domicile en raison de son orientation sexuelle et ne peut retourner auprès de sa famille ; qu'il est enfant unique et n'a ni frère ni sœur ; qu'il démontre sa volonté d'intégration par l'apprentissage de la langue française, son adhésion à un tiers-lieu, sa signature du contrat d'engagement républicain et ses capacités d'insertion professionnelle eu égard à sa formation d'auxiliaire en génie alimentaire ;

* l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que, en cas de retour à Cuba, il risque de faire l'objet de nouvelles persécutions en raison de son orientation sexuelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2025, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 25 mai 2025 sous le numéro 2500714 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Prosper, greffière d'audience, M. Guiserix a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Pialou, pour le requérant ;

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant cubain né en 2004, est entré sur le territoire en mai 2023, à l'âge de 18 ans. Interpelé dans le cadre d'une vérification du droit de circulation ou du séjour, l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté du 27 mars 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et l'interdisant de séjour pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. D'une part, la condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Compte tenu du caractère non suspensif d'un recours pour excès de pouvoir contre l'obligation de quitter le territoire français prononcée en Guyane, la perspective de la mise en œuvre à tout moment de cette mesure caractérise, en l'espèce, une situation d'urgence.

4. D'autre part, M. B vit depuis juin 2023 en concubinage avec un compatriote avec lequel il s'est marié en septembre 2024 qui a obtenu le statut de réfugié en raison des risques de persécutions liées à son orientation sexuelle dont il fait l'objet à Cuba. Dès lors, la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant Cuba comme pays de destination porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale compte tenu de son mariage avec un réfugié cubain. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

5. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 mars 2025, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal.

6. La présente ordonnance, qui se borne à suspendre les effets de la mesure d'éloignement, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative. Les conclusions du requérant tendant à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ne peuvent, dès lors, être accueillies.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'affaire, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de la Guyane du 27 mars 2025 est suspendue, jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 5 juin 2025.

Le juge des référés,

Signé

O. GUISERIX

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. PROSPER

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