mardi 24 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2500751 |
| Type | Décision |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2025, Mme B A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision par laquelle le préfet de la Guyane a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation en lui accordant un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen de sa demande ou jusqu'à ce qu'il soit statué au fond ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que le préfet de la Guyane n'a pas pris en compte la fragilité de son état de santé qui se détériore alors qu'il lui ait nécessaire d'avoir un titre de séjour afin de bénéficier des soins intenses et adaptés, qu'il n'a pas non pris en compte le fait qu'elle soit en possession d'un contrat de travail depuis 2023 et qu'elle est en pleine formation, ni du fait qu'elle soit reconnue en situation de handicap grave, de sorte que le refus de séjour entraîne des conséquences graves et immédiates sur sa situation médicale, personnelle et également professionnelle, et enfin qu'il n'a pas pris en compte la situation actuelle de son pays d'origine ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
* la décision implicite de rejet de sa demande d'admission au séjour est entachée d'un défaut de motivation ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, ce qui la prive de base légale ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, de sorte qu'elle porte indéniablement une atteinte disproportionnée à sa vie privée et professionnelle dès lors qu'elle a un contrat de travail en sa possession d'une durée de trois ans, que son état de santé est instable et se dégrade de jour en jour ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que Haïti, son pays d'origine, fait l'objet d'une situation humanitaire grave et d'une crise d'insécurité sans précédent.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2025, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 1er juin 2025 sous le numéro 2500750 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mercier, greffière d'audience, M. Guiserix a lu son rapport les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante haïtienne née en 1982, est entrée sur le territoire en 2019, à l'âge de 37 ans. Le 8 août 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et s'est vue depuis lors délivrer quatre récépissés de demande de carte de séjour dont le dernier était valable jusqu'au 19 mai 2025. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet de la Guyane par laquelle il a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. La condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'étranger. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. / La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
6. Mme A se prévaut notamment de ce qu'elle est reconnue comme personne handicapée et est atteinte de pathologies chroniques notamment diabète, hypertension, handicap du pied gauche et que son état de santé nécessite des analyses régulières et un traitement médical. Elle ajoute qu'en cas de retour en Haïti, elle ne pourra pas se procurer le traitement approprié, ni bénéficier d'un suivi médical. Toutefois, les pièces versées ne permettent pas de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII du 2 mai 2024, qui indique que si le défaut de prise en charge médicale peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour l'intéressée, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
7. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par Mme A n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite de refus de titre de séjour.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions
O R D O N N E :
Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 24 juin 2025.
Le juge des référés,
Signé
O. GUISERIX
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER