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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2500841

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2500841

jeudi 19 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2500841
TypeOrdonnance
Avocat requérantSEUBE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Guyane, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, était saisi par un ressortissant dominicain qui contestait le délai de 294 jours fixé pour l'enregistrement de sa demande de réexamen du droit d'asile. En cours d'instance, le préfet de la Guyane a convoqué le requérant à un nouveau rendez-vous, rendant sans objet la demande d'injonction. Le tribunal a constaté ce non-lieu à statuer, tout en admettant l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et en condamnant l'État à verser 700 euros à son avocat au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2025, M. A F B, représenté par Me Seube, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme 1 000 euros à Me Seube, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour cette dernière de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est caractérisée dès lors que l'impossibilité d'enregistrer sa demande de protection internationale dans un délai raisonnable emporte des conséquences considérables, de sorte qu'il ne dispose d'aucun document permettant de le maintenir régulièrement sur le territoire français le temps de l'enregistrement et de l'examen de sa demande, qu'il ne peut pas bénéficier des conditions matérielles d'accueil qui le place dans une situation irrégulière et de précarité certaine, sans perspective d'évolution favorable, qu'il ne peut travailler et ainsi subvenir à ses besoin et qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français consécutive au rejet de sa première demande ;

- il s'est vu délivrer une convocation pour se présenter au guichet unique des demandeurs d'asile le 13 janvier 2026 ; ce défaut d'enregistrement de sa demande d'asile dans les délais prévus par le CESEDA porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2025, le préfet de la Guyane conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'un nouveau rendez-vous a été fixé le 23 juin 2025 pour l'enregistrement de la demande d'asile du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a décidé que la nature de l'affaire justifiait qu'elle soit jugée, en application du dernier alinéa de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par une formation composée de trois juges des référés et a désigné Mme Topsi, conseillère, et Mme Lebel, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C, en présence de Mme Mercier, greffière d'audience,

- les observations du requérant, non représenté ;

- et les observations de M. D pour le préfet de la Guyane.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant dominicain né en 1995, s'est présenté et a été reçu le 25 mars 2025 au service de premier accueil des demandeurs d'asile aux fins d'obtenir un rendez-vous au guichet unique des demandeurs d'asile (GUDA) pour l'enregistrement de sa demande. Un rendez-vous lui a été fixé au 13 janvier 2026, soit un délai de 294 jours. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Guyane d'enregistrer sa demande de réexamen au bénéfice de l'asile dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Guyane a adressé le 17 juin 2025 au conseil du requérant une attestation fixant un rendez-vous à M. B le 23 juin 2025 à 8h00 pour l'enregistrement de sa demande de réexamen au bénéfice de l'asile. Dans ces conditions, les conclusions présentées par le requérant aux fins d'injonction sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer et l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être accueillie.

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de condamner l'Etat, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à payer à son conseil, Me Seube, la somme de 700 euros, dont le recouvrement vaut renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction de la requête de M. B.

Article 3 : L'Etat versera à Me Seube une somme de 700 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E, à Me Seube et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 19 juin 2025.

Le juge des référés,

président

Signé

O. CLe juge des référés

conseillère

Signé

M. TOPSILe juge des référés

conseillère

Signé

I. LEBEL

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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