jeudi 10 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2500981 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | PIGNEIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juin 2025, Mme A C B, représentée par Me Pigneira, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision du préfet de la Guyane du 29 avril 2025 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Me Pigneira au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle fait l'objet d'un risque constant de contrôle lequel pourrait conduire à l'exécution immédiate d'une mesure d'éloignement vers Haïti, constituant une menace directe pour son intégrité physique et mentale, que le retour forcé vers Haïti l'exposerait directement à des traitements inhumains et dégradants et que le maintien en situation irrégulière la plonge dans une situation de grande précarité administrative, sans accès régulier à l'emploi, au logement, ce qui aggrave considérablement sa vulnérabilité en France ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
* l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle est entrée en France en 2016, soit il y a neuf ans, ce qui démontre une présence stable et durable sur le territoire français, qu'elle a pu s'intégrer à la société française et développer des liens personnels et affectifs en France, qu'elle a été mariée à un Français pendant cinq ans, jusqu'à son décès et que liens avec un conjoint français, même après décès, est un élément d'intensité des liens personnels ;
* il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
* il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de la situation sécuritaire en Haïti qui ne se résume pas à la capitale, mais à l'ensemble du pays.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2025, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 23 juin 2025 sous le numéro 2500957 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Delmestre-Galpe, greffière d'audience, M. Guiserix a lu son rapport ; les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante haïtienne née en 1970, est entrée sur le territoire en 2016, à l'âge de 46 ans. Le 5 décembre 2023, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 avril 2025, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. En premier lieu, pour justifier de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité l'arrêté attaqué, Mme B se prévaut de l'ancienneté de sa présence sur le territoire, de son mariage avec un Français décédé, ainsi que de son intégration dans la société française. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme B a fait l'objet d'un premier arrêté du 26 octobre 2020 portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'elle n'établissait pas la communauté de vie avec son mari. Si, au stade de la présente ordonnance, son mari est décédé, Mme B n'apporte aucune pièce permettant d'établir la communauté de vie antérieurement à son décès. Aussi, il ressort du formulaire de demande d'admission au séjour que l'ensemble de sa famille réside en Haïti et notamment son fils. Enfin, et contrairement à ce que soutient la requérante, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait noué des liens personnels et affectifs en France de nature à établir une intégration dans la société française. Dès lors, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa vie privée et familiale n'est pas, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sur la légalité de l'arrêté attaqué.
4. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
5. Mme B soutient que la situation que connaît actuellement Haïti se caractérise par un climat de violence généralisée se traduisant notamment par des affrontements opposant des groupes criminels armés entre eux et ces groupes à la police haïtienne et que cette violence atteint, à Port-au-Prince ainsi que dans les départements de l'Ouest et de l'Artibonite, un niveau d'une intensité exceptionnelle, entraînant un grand nombre de victimes civiles. Toutefois, il n'est pas établi devant le juge des référés qu'un tel niveau de violence aveugle d'une intensité exceptionnelle serait atteint dans d'autres régions d'Haïti. Or, Mme B, qui a quitté Haïti pour la France à l'âge de 46 ans, ne démontre ni qu'elle disposerait de réelles attaches dans le département de l'Ouest ou à Port-au-Prince. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il appartiendrait à l'administration de s'abstenir d'exécuter la mesure d'éloignement à destination d'Haïti si un changement dans les circonstances de fait aurait pour conséquence de faire obstacle à cette mesure.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, que la requête susvisée doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C B et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2025.
Le juge des référés,
Signé
O. GUISERIX
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
R. DELMESTRE GALPE