jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2205376 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | RIVIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 octobre 2022, M. C A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de lui désigner un avocat commis d'office et de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre les effets de l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et prononcé à son encontre une interdiction de retour ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de 3 mois et de lui délivrer, durant l'instruction de sa demande, une carte de séjour temporaire dans un délai de 8 jours, assortie d'une astreinte de 150 euros par jour de retard.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est placé en rétention dans l'attente de son transfert ;
- l'arrêté litigieux porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, dès lors qu'il réside à Mayotte depuis l'âge de 13 ans, auprès de ses frères et sœurs français et scolarisés à Mayotte.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, le préfet de Mayotte, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'étranger et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision en date du 15 septembre 2022, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Bauzerand, vice-président, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 27 octobre 2022 à 10 heures 00, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de Saint Denis de La Réunion, dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. B D, étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Rivière pour M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et à ce qu'une somme de 800 euros soit mise à la charge de l'Etat sous réserver de sa renonciation à l'aide juridictionnelle ; elle indique, en outre, que la mesure d'éloignement a été exécutée, que le tribunal devra donc ordonné ,le retour de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant comorien déclare être est né le 28 octobre 2001 à Mamoudzou (Mayotte) et y avoir constamment vécu depuis lors. Par la présente requête, il demande au tribunal la suspension des effets de l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et lui a interdit d'y retourner pendant une durée d'un an. Ayant été éloigné à destination des Comores le 26 octobre 2022, il n'a pu assister à l'audience de ce jour.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Il résulte des pièces du dossier, et notamment des certificats de scolarité produits, que M. A a toujours résidé à Mayotte et, en tout état de cause au moins depuis 2008 et l'âge de sept ans, qu'il y a été constamment scolarisé depuis la classe de cours préparatoire jusqu'en classe de troisième au collège Halidi. En outre, il ressort des mêmes pièces du dossier que le requérant a effectué une demande de déclaration de nationalité française en 2016, mais que cette demande n'a pu aboutir en raison d'une erreur d'orthographe commise sur son acte de naissance.
6. Dans ces conditions, à la suite de l'éloignement de Mayotte du requérant, la condition d'urgence est remplie tant en ce qui concerne les conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement que celles dirigées contre l'interdiction de retour. En outre, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre les effets de cet arrêté tant en ce qu'il fait obligation au requérant de quitter le territoire français qu'en ce qu'il lui interdit d'y retourner. En outre, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de prendre toutes mesures, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, de nature à permettre le retour de l'intéressé à Mayotte, et d'en justifier en communiquant au tribunal les pièces qui justifient de l'exécution de cette injonction, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les autres conclusions de la requête :
8. Il n'appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, que de prononcer des mesures provisoires propres à faire cesser les atteintes portées à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Par suite, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer une carte de séjour, mesure qui ne présente pas un caractère provisoire, doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
9. M. A été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rivière, conseil de M. A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rivière de la somme de 800 euros.
ORDONNE :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les effets de l'arrêté litigieux du 25 octobre 2022 sont suspendus tant en ce qu'il fait obligation à M. A de quitter sans délai le territoire français, qu'en ce qui lui interdit d'y revenir dans un délai d'un an.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Mayotte d'organiser, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, le retour à Mayotte de M. A. Le préfet communiquera au tribunal les pièces qui justifient de l'exécution de cette injonction, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Rivière la somme de 800 euros au titre des frais d'instance, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Rivière et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Fait à Mamoudzou, le 27 octobre 2022.
Le juge des référés,
Ch. BAUZERAND
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.