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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2205465

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2205465

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2205465
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantAHAMADA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Ahamada, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la somme de 45 000 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail ;

2°) d'annuler le titre exécutoire émis le 22 septembre 2022 pour le recouvrement de cette somme et de le décharger de l'obligation de payer en résultant ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de l'OFII n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 6 alinéa 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation ;

- le titre exécutoire a été émis par une autorité incompétente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.

Par un courrier du 6 mars 2024 le tribunal a informé les parties que les conclusions dirigées contre le titre de perception étaient susceptibles d'être rejetées pour irrecevabilité en l'absence de réclamation préalable adressée au comptable public sur le fondement de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- et les observations de Me Bourien, substituant Me Ahamada, pour M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 7 septembre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de M. A la somme de 45 000 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour l'emploi de trois ressortissants étrangers dépourvus d'un titre les autorisant à travailler sur le territoire français, constaté le 19 avril 2022. Un titre exécutoire a été émis le 22 septembre 2022 par le ministre de l'intérieur pour le recouvrement de cette somme. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions et de le décharger de l'obligation de payer.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre le titre exécutoire :

2. Aux termes de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent ".

3. M. A n'établit pas avoir formé la contestation prévue par ces dispositions. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation du titre de perception émis le 22 septembre 2022 sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 7 septembre 2022 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 2° Infligent une sanction ; () " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. En l'espèce, la décision litigieuse cite notamment les articles L. 8251-1, L. 8253-1 et R. 8253-2 du code du travail, qui définissent le manquement et la sanction et déterminent son mode de calcul, et mentionne que la sanction, dont le montant est précisé, est infligée en raison de l'emploi de trois salariés dépourvus d'un titre les autorisant à travailler sur le territoire français constaté le 19 avril 2022 par les services de police de Mayotte. Par suite, la décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent la sanction. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.

6. En deuxième lieu, d'une part, selon le premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8253-1 du même code dans sa version applicable au litige : " () l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. () " Aux termes de l'article R. 8252-6 du même code : " L'employeur d'un étranger non autorisé à travailler s'acquitte par tout moyen, dans le délai mentionné à l'article L. 8252-4, des salaires et indemnités déterminés à l'article L. 8252-2. / () " Aux termes de l'article L. 8252-4 du même code : " Les sommes dues à l'étranger non autorisé à travailler () lui sont versées par l'employeur dans un délai de trente jours à compter de la constatation de l'infraction. ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 3. Tout accusé a droit notamment à : / a) être informé, dans le plus court délai, dans une langue qu'il comprend et d'une manière détaillée, de la nature et de la cause de l'accusation portée contre lui ; / b) disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense ; / () ".

8. En l'espèce, M. A fait valoir qu'il n'a pas été informé, dès la constatation de l'infraction, qu'il avait la possibilité de s'acquitter des salaires et indemnités dans un délai de trente jours afin de voir le montant de la sanction minorée. Il en déduit que les stipulations de l'article 6 alinéa 3 précitées ont été méconnues, dès lors qu'il n'a pas disposé des facilités nécessaires à la préparation de sa défense. Toutefois, s'il résulte des dispositions citées au paragraphe 6 que le montant de la contribution spéciale peut être minoré si l'employeur s'acquitte, dans ce délai, des salaires et indemnités dues au travailleur étranger, les dispositions de l'article L. 8253-1 prévoient expressément que cette minoration s'applique en cas de paiement spontané de la part de l'employeur. Il se déduit du caractère spontané du paiement que l'administration n'est pas dans l'obligation d'informer l'employeur de cette possibilité au moment de la constatation de l'infraction. Par suite, le moyen ainsi soulevé tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.

9. En dernier lieu, il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner notamment les moyens mettant en cause le bien-fondé de cette décision. Il lui revient d'apprécier si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative.

10. Il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal établi par les services de police que, le 19 avril 2022, il a été constaté la présence, sur un chantier situé sur la propriété de M. A, impasse Mzamabara à Mamoudzou, de trois personnes en situation de travail. Il résulte de ces mêmes éléments que ces personnes, toutes de nationalité comorienne, étaient dépourvues d'un titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français. Il résulte des procès-verbaux d'audition de ces personnes, qu'elles travaillaient, pour certaines depuis plusieurs jours et contre rémunération, sur un chantier dirigé par M. A. Par suite et dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de décharge de l'obligation de payer présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A réclame au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au préfet de Mayotte en application des dispositions de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

S. A SAID

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